Préface à la version française de la bande dessinée : " Le médecin des pauvres" parue dans Trouw

 

La majorité des habitants de Menétrux-en-Joux et un très grand nombre de Franc-comtois dont les Jurassiens ont dû lire un jour ce roman populaire écrit par Xavier de Montépin : "Le médecin des pauvres" qui se déroule justement au cœur de la région des lacs et des cascades du Hérisson, et met en scène le fameux capitaine Lacuzon et ses frères d'armes: le colonel Varroz, le curé Marquis, le trompette Garbas, ainsi que d'autres personnages bien  sympathiques, Magui la sorcière, Tristan et Raoul de Champ-d'Hivers ou d'autres particulièrement ignobles : Lespinassou, Limassou, Brunet, et évidemment le plus affreux d'entre tous : l'infâme traître qui doit figurer dans tout bon roman de cape et d'épée : le comte Antide de Montaigu, seigneur de l'Aigle...et en prime, on a même droit au cardinal de Richelieu en personne.

Ce "livre culte" a enchanté des générations de jurassiens et moi-même. Je suis franc-comtois de vieille souche par mon côté maternel et le Jura est très cher à mon coeur.

Les jurassiens adorent ce livre car il se déroule dans leur région, dans leurs paysages de lacs, de cascades, de forêts de sapins et de montagnes.

 

Comment j'ai découvert ce livre : Les habitants de la région des lacs autour d'Ilay, La Chaux-du-Dombief et des cascades du Hérisson, de la grotte Lacuzon près de Menétrux-en-Joux où se déroule l'action du livre,  connaissaient généralement bien le livre de Xavier de Montépin.

Pour ma part, c'est ma mère qui m'a fait découvrir ce livre, je l'ai lu quand j'avais environ 15 ans et je l'ai beaucoup apprécié. Maman, native de Menétrux-en-Joux, adorait ce livre.

Les habitants de Menétrux  étaient comme elle, nombreux à avoir lu ce livre et il y croyaient beaucoup, ils pensaient que tout était parfaitement vrai, persuadés que cet ouvrage reflétait la vérité historique à 100%. Pour eux, Garbas, le trompette de Lacuzon avait habité une des vieilles maisons de Menétrux.

Étant enfant ou jeune adolescent avec mes copains du village, nous avons cherché en vain, l'entrée du souterrain menant au Champ-Sarrazin ou les ruines du château de l'Aigle et son entrée secrète. Nous n'avions aucune aucun ouvrage d'historien, pour nous démontrer le contraire. C'est seulement lorsque je pus lire enfin l'ouvrage historique de Robert Fonville en 1980,  consacré à la "vie du  capitaine Lacuzon", que je pus démêler le vrai du faux dans le roman de Xavier de Montépin. Plus tard le livre de l'historien Louis Lautrey compléta mes connaissances sur Lacuzon.

 

Quoi de vrai dans le roman ? Hélas, trois fois hélas, tout est faux ou presque ! Quand j'ai appris cette décevante vérité à certains de mes amis du village, ils étaient vraiment déçus ou alors ils ne me croyaient peut-être pas sans vouloir me le dire.
C'est un bon roman d’aventure sur fond d'histoire, un roman de cape et d'épée mais tout sauf un vrai livre d’histoire. Lacuzon, Varroz et le curé Marquis ont vraiment existé mais peut-être ne se sont-il jamais rencontrés sur le théâtre des opérations ? Lacuzon ne vivait pas dans les grottes du Hérisson et le château de L'Aigle n'a jamais été incendié…et ce ne sont que des détails parmi de nombreux autres…L'auteur avait vraiment une imagination débordante !

 

L'auteur : Xavier de Montépin est un authentique Franc-comtois car né en Haute-Saône à Apremont en 1823. Il est mort à Paris en 1902. Auteur prolifique de près de 90 livres, un de ses ouvrages :"La porteuse de pain" paru à partir de 1884, fut un véritable best-seller à l'époque. "Le Médecin des pauvres" a d'abord paru en feuilleton de janvier à mai 1861 dans le journal illustré Les Veillées parisiennes avant de paraître sous forme d'un roman vers 1866.

 

La bande dessinée parue dans le quotidien Trouw :

La version néerlandaise a été adaptée sous forme d'une bande dessinée qui paraissait tous les jours, analogue sous la forme aux fameux comic strips américains. La BD est composée de 3 images disposées à l'horizontale avec un texte qui prend ici une place très importante au-dessous de chaque planche. La première planche est publiée le 9 juillet 1956 et se terminera au bout d'une série de 263 planches. Les planches ont été dessinées en noir et blanc, à la plume. Il n'y a pas de bulles pour contenir les dialogues.

 

Que penser de la version néerlandaise ?

Trouw signifie "Fidélité" (fidélité à la Reine des Pays-Bas pour être précis) et concernant le respect du livre, c'est particulièrement réussi. Oui, l'histoire et le texte sont particulièrement fidèles à la version française du livre de Xavier de Montépin.

La seule grosse différence au niveau du récit se situe entre les planches 251 à 255. L'épisode de la grotte du Champ-Sarrazin est assez différent de la version originale et on y découvre une sorte de mélange des lieux car on y évoque la grotte du pont de la Pile (le Pont de la Pyle de nos jours) pour la scène du siège où Varroz trouvera la mort. Ce n'est pas le cas de la version française. En fait, il est possible que l'auteur néerlandais ait voulu faire allusion à un fait historique réputé authentique : le siège subi par le vrai colonel Varroz cerné par ses ennemis dans la grotte de la pile (appelée aussi "La Baume à Varroz", située de nos jours près du barrage de Vouglans) où il trouva la mort.

 

L'adaptation française :

C'est Bernard Sietses, mon ami néerlandais qui me fit connaître il y a déjà bien des années de cela,  grâce à nos échanges par e-mails, la BD parue dans Trouw. Il me procura à l'époque un CD avec tous les scans des planches parues dans Trouw.

Récemment il eut l'idée de faire une version en français et entama la traduction complète des textes néerlandais grâce à l'outil de traduction fourni par Google. Il m'a envoyé le résultat avec les dessins qui vont avec et je n'ai pu résister au plaisir de faire les corrections et l'adaptation en bon français du texte fourni par Bernard qui était il est vrai, un peu "brut de décoffrage" et c'est bien normal.

Je me suis efforcé dans mon adaptation, de "coller au plus près" du texte original de Xavier de Montépin et les lecteurs de cette bande dessinée trouveront, je n'en doute pas, beaucoup de plaisir à découvrir cette version en BD du livre qu'ils avaient déjà lu auparavant sous forme de roman. Ceux qui s'amuseront à comparer les deux textes  retrouveront beaucoup de textes très semblables sinon identiques que ce soit dans les descriptions et plus encore dans les dialogues.

Merci à cet excellent auteur néerlandais qui, hélas, est resté anonyme et merci à Bernard Sietses qui a nous a permis de découvrir cette véritable pépite.

Bonne lecture !

 

Roland Le Corff