Xavier de Montépin, Le médecin des pauvres

 

Contenu

 

 

Résumé de l’histoire. 2

Toute la bande dessinée commence en l'an 1611. 3

014 La naissance de Raoul 16

018 Pierre Prost, le médecin des pauvres. 20

031 Champagnole, 1638, dix-huit ans après cette nuit mystérieuse. 33

040 La petite maison de Longchaumois. 42

051 Qui est le Masque noir ?. 53

069 Raoul et Églantine dans la maison de Pied-de-Fer. 71

078 Magui l'alliée. 80

100 Le village de Saint Laurent 102

114 Dans le château de L'Aigle. 116

138 Dans la citerne. 140

151 Pour la liberté. 153

175 Tristan de Champ d'Hivers. 177

188 Le curé Marquis prisonnier au château de Bletterans. 190

200 Les moines de l'Abbaye de Cuzeau. 202

222 Quand le château attaque?. 224

238 Antide de Montaigu apparaît à Blanche. 240

250 Sur le chemin de Champ-Sarrazin. 252

 

 

 

 

 

 

 

Cette bande dessinée a été publiée dans le journal néerlandais "TROUW" d’un auteur inconnu, entre le 9 juillet 1956 et le 30 mai 1957 environ.
Cette bande dessinée hollandaise a été découpée et sauvegardée. Elle a été corrigée en néerlandais et numérisée en 2006 par Bernard Sietses.
En 2018 elle a été traduite en français avec l'aide de l’ordinateur (Google).  

Version corrigée et adaptée par Roland Le Corff - Planches N° 1 à 200


 

 

 

Résumé de l’histoire

L’histoire commence en 1611, en Franche Comté. Le jeune baron Tristan de Champ d’Hiver tombe amoureux de Blanche de Mirebel. Egalement amoureuse, elle rompt ses fiançailles avec sire Antide de Montaigu. La vengeance de ce dernier est terrible : il enlève Blanche et l’enferme dans une tour de son château.

Blanche donne naissance à un bébé, dont le père est Antide de Montaigu. L’enfant est enlevé à sa mère. L’homme au masque noir (Antide de Montaigu) donne une somme d’argent au « médecin des pauvres », Pierre Prost, pour qu’il s’en occupe.

 

Lacuzon joue un rôle important dans l’histoire. C’est le héros de la lutte pour sauvegarder l’indépendance de la Franche Comté au XVIIe siècle.

                                 

 

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Raoul est le fils de Tristan de Champ d’Hiver. Il rencontre Lacuzon et combat à ses côtés pour la liberté

 

Magui, l’ancienne gouvernante du château de Champ d’Hiver, raconte toute la vérité à Raoul. Magui participe aussi à la lutte pour l’indépendance.

Alors que, condamné à mort, le « médecin des pauvres » attend l’accomplissement de la sentence dans sa cellule, il confie son secret à Lacuzon : le bébé qu’il a élevé n’est pas sa propre fille mais celle de Blanche de Mirebel. Lors de l’accouchement, Blanche lui a donné cette pierre précieuse.

 

L’homme au masque noir a aussi fait Tristan de Champ d’hiver prisonnier et l’a enfermé dans le souterrain de son château. Après vingt ans de captivité, il est libéré par Lacuzon. L’illustration à gauche montre les retrouvailles entre Tristan, devenu vieux, et son fils Raoul.

Antide de Montaigu est fait prisonnier et son château de l’Aigle est détruit. Antide est condamné à mort pour ses méfaits.

 

Toute la bande dessinée commence en l'an 1611

 

 

 

 

 

 

La noble race des Champ d'Hivers en l'an 1611

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1. Cela se passait en l'an 1611.  A la cour du roi d'Espagne, le jeune et élégant baron Tristan de Champ d'Hivers, originaire de Franche-Comté, âgé d'environ 26 ans, mène  la vie joyeuse et facile de la plupart des jeunes gens de son âge.

La Franche-Comté était déjà territoire espagnol depuis Charles Quint. Tristan commande déjà un régiment depuis quelques temps et il est considéré comme l'un des meilleurs cavaliers de son temps.
Ses succès sont grands, tout comme sa fortune
Jamais auparavant le cœur de Tristan n'avait été épris pour une jeune fille mais pourtant, maintenant il pense au mariage.

Pas vraiment parce qu'il est amoureux mais parce qu'il veut préserver sa lignée, la noble race des Champ d'Hivers.
Une fois, au moment où Tristan est occupé à parler à une belle Espagnole, un serviteur vient à lui avec une lettre qu'il tend à Tristan sur un plateau d'argent. Le cœur de Tristan bat follement. Il soupçonne de mauvaises nouvelles. La lettre provient de sa région natale, la Franche-Comté. Un ami lui écrit que son père est gravement malade. Le vieil homme pourrait mourir à chaque instant.
Tristan décide immédiatement de retourner dans son pays natal pour pouvoir dire adieu à son père.


 

 

Le vieux baron

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2. Tristan de Champ d'Hivers retourne dans son pays. Son fidèle serviteur qui l'avait suivi en Espagne à l'époque l'accompagne maintenant.
La route est longue. Bien qu'il soit heureux de la perspective de revenir bientôt en Franche-Comté, le jeune homme est attristé. Son père vivra-t-il encore quand il arrivera? Sera-t-il encore en état pour pouvoir lui dire au revoir?
Après un long et fatigant voyage, les deux voyageurs arrivent à destination. Tristan ose à peine entrer dans la demeure de son père de peur d'avoir de mauvaises nouvelles.

Le château dans lequel vit son père est différent de la plupart des châteaux français, mais c'est une belle propriété et solidement bâtie.
L'anxiété de Tristan semble cependant sans fondement. Son père était en effet gravement malade mais pas  au point de mourir à tout moment comme son fils le pensait.
Le père est heureux de revoir son fils. Ils se racontent en détail leurs expériences passées.


 

 

Le cheval emballé

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3. Tristan arrive en son château du Jura où l'état de son père s'améliore. Il va si bien que Tristan peu de temps après, peut faire de petites promenades avec son père dans les environs du château.
Tristan décide de profiter du court séjour dans son pays natal. Tous les matins il part à la chasse et quelques-uns de ses amis habitant la région, l'accompagnent.

Un jour, cependant, alors que Tristan et ses amis poursuivent un gros cerf, quelque chose se passe. Tristan entend des cris derrière lui et il est presque certain qu'ils proviennent d'une femme. Il laisse ses amis chasser l'animal infortuné et tient les rênes.
Dans un galop sauvage, une jeune fille accourt à cheval. Derrière elle suivent deux cavaliers qui crient : "Arrêtez-la !  Attrapez-le ! Le cheval s'est emballé ! "


 

 

Blanche de Mirebe

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4. Tristan profite maintenant des qualités de son étalon arabe, un pur-sang ramené d'Espagne. Il met son cheval au grand galop et se met la poursuite de la jeune fille. La distance entre lui et le cheval fugueur diminue rapidement. Bientôt le cheval se trouve juste à côté. Il en saisit la bride et attrape le cheval par l'encolure. Il arrive juste à temps.

La jeune fille est sur le point de perdre conscience. Le cheval se cabra mais dut obéir. La jeune fille tombe de la selle. Tristan la rattrape dans ses bras mais elle s'évanouit.
Derrière eux, les deux laquais qui accompagnaient la jeune fille pendant cette course dangereuse, arrivent enfin, haletants. Ils regardent leur maîtresse avec anxiété.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi partez-vous?

 

5. Le jeune baron dépose la jeune fille dans l'herbe. Maintenant, il peut mieux voir celle qu'il a sauvée.
C'est encore une enfant d'environ seize ans. Elle est blanche comme un lis. Ses longs cheveux ondulés sont blonds dorés. Les riches vêtements, la beauté de sa jument et la livrée de ses valets Indiquent que la jeune fille est d'un rang élevé.
Le plus âgé des deux serviteurs se penche maintenant sur la jeune fille et s'exclame: "Heureusement! Notre maîtresse n'a été qu'effrayée mais elle n'a pas été gravement blessée. "
"Et cela grâce à vous, M. le baron"
"Vous me connaissez ?" Demande le jeune homme avec étonnement.

"Comment ne pas vous connaître, M. le baron ? Mon maître vit à proximité. "
"Quel est le nom de votre maître ?"

"Le comte de Mirebel."
 "Ah", dit Tristan qui eut un brusque haut-le-corps. "Le comte de Mirebel !" Et après un court moment: "Et qui est cette jeune

 fille ?"
"C'est Mlle Blanche, la fille unique du comte."
"J'espère que les suites de cet incident n'auront aucune gravité pour cette jeune la fille", dit froidement Tristan et il se dirige vers son cheval.
«Où allez-vous ?" Crie le vieux laquais. "J'espérais que vous resteriez ici jusqu'à ce que jeune la fille reprenne connaissance.
"Vous vous trompez, mon brave homme, Mlle de Mirebel n'a  nul besoin ni de mes soins ni de ma présence."

 

 

 

 

 


 

 

Blanche reprend conscience

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6. Depuis des siècles, les barons de Champ d'Hivers et les comtes de Mirebel ont été voisins. Pendant des années, il y a eu entre eux, une bataille ininterrompue pour le pouvoir.  C'est pour cela que la première réaction de Tristan fut de sauter sur son cheval et de repartir.
Mais juste au moment où il met son pied dans les étriers, la jeune fille ouvre les yeux. Tristan se retourne. La jeune fille est surprise quand elle voit l'étranger. Elle regarde fermement Tristan et s'accroche à la main du vieux laquais." Que s'est-il passé ?" Demande Blanche d'une voix tremblante. Le vieux serviteur raconte en quelques mots ce qui s'est passé. Il parle aussi du courage de Tristan qui lui a sauvé la vie.

Elle lui tend la main et Tristan l'accepte après un moment d'hésitation. "Monsieur," balbutia-t-elle. – Que désirez-vous de moi, mademoiselle ? Demande Tristan. Il essaie de parler d'une voix calme mais son cœur bat impétueusement. - Monsieur, dit une fois de plus Blanche, et d'un geste simple et gracieux, elle tend sa  main à Tristan. Vous m'avez sauvé la vie. Tristan prend sa main et la porte à ses lèvres. Cependant, il le fait si vivement que la jeune fille la retire immédiatement et pousse un petit cri. Après quelques instants, elle dit: "Dites-moi votre nom pour que je puisse le dire à mon père. Nous n'oublierons jamais ce qui s'est passé ".

 

 


 

 

L'amour de Tristan pour Blanche

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7. Jamais personne n'avait fait une si profonde impression sur Tristan que cette Blanche de Mirebel. La nuit, il pense constamment à elle. Il ressent que c'est la jeune fille qu'il aime et qu'il recherche. Mais encore une fois, il pense à la rivalité qui a fait rage entre sa famille et la sienne depuis des années. Parfois il pense: je vais la revoir. Mais il lui semble encore plus sage de quitter la Franche-Comté le plus tôt possible et de fuir pour toujours.
Tristan essaie de s'imaginer qu'il ne se soucie pas de Blanche, mais quand il est midi, il monte sur  son cheval. Seul, il retourne à l'endroit où il avait rencontré Blanche de Mirebel la veille et en effet il parvient à l'entrevoir. Quelques mois passent, sans que Tristan n'ose exprimer son amour à Blanche de Mirebel.

 

Un jour, cependant, alors que Blanche cueille des fleurs et que le vieux laquais s'était éloigné un peu plus loin que d'habitude, Tristan décide d'aller chez la jeune fille. Il veut lui parler.
Quand Blanche voit soudain le jeune homme, elle est surprise: "Vous ici, monsieur ? " Ce que j'ai à vous dire ..." Tristan commence, mais Blanche ne le laisse pas parler. D'un geste rapide, elle le fit taire. "Assez, monsieur", dit-elle." Je comprends bien ce que vous voulez dire mais je ne peux pas vous écouter".
Que signifient les mots de Blanche? Tristan voit que son amour est repoussé.
"Je ne peux plus vous revoir ?" Demande-t-il.
"D'abord, réglez toutes les difficultés. Alors après, je pourrais répondre en présence de mon père ... "

 


 

 

La querelle avec le clan des Mirebel

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8. Le lendemain matin, Tristan se rend chez son père. Il a revêtu son uniforme de colonel espagnol. Le vieil homme est assis dans un large fauteuil. Sur l'un des murs de la salle se trouve un arbre généalogique de la famille Champ d'Hivers. De grands portraits de famille sont accrochés sur  l'autre mur. "Je suis content de vous voir, mon fils, mais pourquoi cet uniforme?" "Je suis venu vous dire quelque chose d'important, Père."
La conversation prend bientôt un tour moins amical. Tristan raconte au vieux baron son amour ardent pour la fille du comte de Mirebel.
«Vous parlez d'amour ?", S'exclame le vieil homme. "Mais c'est terrible et déshonorant pour nous".
"Déshonorant ? Mais père .... Les lèvres de Tristan pâlissent.
"Et qu'est-ce que vous voulez maintenant "

"Le mariage avec Mlle de Mirebel"

"Quoi ? Vous voulez donner votre nom à la petite-fille du Sanglier noir?
Le vieil homme est soudainement calme. Il prend le bras de Tristan et l'emmène auprès du mur où les portraits de famille sont accrochés.
"Je crois que je vous ai souvent parlé de nos ancêtres, mais peut-être avez-vous oublié ?"
"Avez-vous déjà compté les points rouges sur notre arbre généalogique ?"
"Oui, il y en a dix, père. Et je sais pourquoi ce sang a coulé. " "C'est vrai. Je voulais vous le redire. "Et le baron se souvient de la longue série de crimes et de petites guerres qui ont eu lieu entre les deux clans. La querelle commença par l'acte honteux du comte Ludovic de Mirebel, surnommé le Sanglier Noir, qui enleva Bathilde de Champ d'Hivers et la renvoya déshonorée et mourante quelques heures plus tard.

 

 

 

 

 


 

 

Le vieux baron va-t-il être d'accord?

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9. Tristan dut écouter toute l'histoire de la querelle qui exista entre les deux clans depuis de nombreuses années. En vain il essaie de défendre Blanche.
"Je ne comprends pas que vous reprochiez à une enfant de seize ans ce que ses ancêtres ont fait", dit-il enfin.
Le baron est maintenant arrivé à bout de patience et il s'exclame furieusement: "Pourquoi parlez-vous encore d'elle" ?
"Parce que c'est elle qui est dans mon cœur", dit Tristan.
Tristan ne réalise pas. Il essaie toujours de calmer son père, mais il est déjà trop tard.

"Je vous ordonne en tant que père de quitter le château aujourd'hui et de retourner à votre régiment. Je vous ordonne de mettre fin à ces rêves stupides qui ne peuvent surgir que dans un esprit malade. Si vous  désobéissez, je ne vous considérerais plus comme mon fils."
Tristan, blanc et choqué, tombe à genoux. "Bénissez-moi, mon père. J'obéirai et partirai immédiatement !
Un sourire illumine le vieux visage. "Vous savez quel est votre devoir là-bas. Allez maintenant, mon fils.
Tristan se releva, baisa la main de son père et quitta l'appartement, en retenant ses larmes.

 

 

 

 

 

 


 

 

Blanche amoureuse

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10. Une année s'était écoulée. Le vieux baron de Champ d'Hivers est mort laissant son titre à son fils, une fortune énorme et plus important encore, une liberté absolue de ses actions. Tristan, dont l'amour pour Blanche est plus grand que jamais, revient directement en Franche-Comté.
Malheureusement, le comte de Mirebel a pris une décision terrible: en l'absence de Tristan, il a promis la main de sa fille à Antide de Montaigu, maître du château de L'Aigle et l'un des hommes les plus riches et les plus influents.
Les Montaigu étaient par leur alliance avec les membres de la famille des Vaudrey, des ennemis mortels des Champ d'Hivers, parce que l'histoire raconte

comment un seigneur de Champ d'Hivers avait tué un baron de Vaudrey dans la grande salle du château de L'Aigle. Quoi qu'il en soit, Tristan, certain que Blanche l'aime encore, demande au comte de Mirebel la main de sa fille. Le comte refuse cependant.
Blanche veut annuler la décision de son père et elle a trouvé une arme puissante pour cela. Le comte aime sa fille et il fait tout pour la rendre heureuse. La jeune fille est complètement absorbée par son chagrin. Elle ne mange plus, elle ne boit plus. Elle devient de plus en plus pâle et a toujours l'air triste. Le duc ne sait plus quoi faire. Qu'arrivera-t-il à son enfant le plus chère si elle s'obstine dans son refus ?

 


 

Antide de Montaigu reçoit une lettre

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11. Le comte de Mirebel a résisté le plus longtemps possible. Mais à cause de l'amour sincère qu'il porte à sa fille, cette résistance est maintenant brisée. Une lettre est écrite au sire  Antide de Montaigu, dans laquelle le père de Blanche reprend la parole qu'il lui avait donnée. Le seigneur du château de l'Aigle devient mortellement pâle quand il lit cette insulte. Puis un sourire cruel apparaît sur son visage. Sa revanche sera terrible !

Quelques jours plus tard, l'engagement de Tristan et Blanche est annoncé. Il semble que leur bonheur soit parfait.

La date du mariage a déjà été fixée et les jeunes ont mille et une choses à régler. Il reste encore du temps pour faire de longues promenades dans la forêt et dans les environs du château. Blanche de Mirebel a bien sûr recouvré sa bonne santé.
Tristan qui veut donner à sa future mariée les meilleurs cadeaux qu'il puisse trouver, décide d'aller à Besançon, la ville la plus grande et la plus importante de la province. Il y a de belles boutiques et le jeune homme visite toutes les bijouteries de la ville avant de choisir la bague de fiançailles pour Blanche. Il devra rester encore à l'écart pendant une semaine, mais cette fois-ci elle s'avérera trop longue ...

 

 


 

La vengeance

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12. Pendant que Tristan est à Besançon, Blanche et son père s'occupent des préparatifs du mariage. Quand il fait nuit, ils se promènent tous les jours ou font un tour à cheval à travers la forêt. La fille est gaie comme avant et le comte est heureux qu'il ait eu le courage de reprendre la promesse qu'il avait faite au sire Antide. Un jour, cependant, au moment où ils font une de leurs promenades, un groupe d'hommes vient à eux et les  entoure. Ils portent des capes de velours et de grandes capuches masquent leurs visages. Un homme de grande taille semble commander les autres.

Il est habillé comme les autres mais au lieu d'une capuche il porte un masque noir. Le comte de Mirebel tire son épée du fourreau pour se défendre jusqu'au bout. Mais un coup de pistolet retentit et le comte laisse tomber son épée. Il a été mortellement blessé.
Un des hommes enlève Blanche qui est tombée évanouie de la selle et la met dans les bras de l'homme au masque noir. Les ravisseurs galopent, laissant le baron étendu sur la route.
Un drame a eu lieu. Blanche va-t-elle revoir Tristan?


 

Qui est l'auteur ?

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13. Quand Tristan entend ce qui s'est passé, il se rend directement au Parlement parce qu'il pressent instinctivement qui peut avoir commis ce double crime, il accuse le sire de Montaigu. Celui-ci n'ose pas résister au Parlement mais il ne peut cacher sa colère et il lance à Tristan les insultes les plus grossières. Le tribunal ordonne une perquisition à son domicile au château de l'Aigle. La perquisition est dirigée par le colonel Varroz (*), l'un des meilleurs amis de Tristan. Cependant, tout cela reste vain. Blanche reste introuvable et le meurtre n'est pas éclairci.

Le Sire de Montaigu peut retourner sur ses terres  faute de preuves. Pendant quelques mois il mène une vie quasi monastique dans l'espoir que l'incident qui a jeté une nouvelle tache sur sa réputation déjà guère bonne, sera oublié dès que possible.
Tristan s'enferme dans une chambre. Il veut être seul avec son chagrin. Il ne veut même pas recevoir ses meilleurs amis. Il comprend que rien ne peut être entrepris contre le sire de Montaigu par des moyens légaux.

(*) Varroz doit se prononcer Varro. En Franche-Comté (le z reste muet)

 

 

 


 

014 La naissance de Raoul

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14. Tristan a oublié son chagrin avec le temps. Son désespoir après l'enlèvement de Blanche a laissé la place à une douce mélancolie. Trois ans après la disparition de Blanche, Tristan épousa une bonne et douce jeune fille : Odette de Vaubécourt.
Cependant, cette union ne sera pas heureuse. Après onze mois, la nouvelle baronne de Champ d'Hivers meurt en donnant naissance à un fils. Le garçon reçoit le nom de Raoul.
Deux années se sont écoulées. Le petit Raoul a choisi un homme de quarante ans comme son meilleur ami:

Marcel Clément, l'intendant de son père. Il voue un amour chaleureux et sincère au fils de son maître.

Un soir, quand Marcel revient d'une visite, il voit un des domestiques parler à un homme suspect au loin. Il se cache derrière un arbre mais ne peut pas entendre de quoi parlent les hommes. Il voit l'étranger qui cause longuement avec lui et lui dépose quelque chose dans la main. Cela ressemble de loin à une bourse.

 

 

 

 


 

Que se passe-t-il ?

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15. Quand l'étranger est parti, Marcel Clément va vers le domestique et lui demande ce que voulait l'étranger et ce qu'il a dit au domestique. Le serviteur, cependant, ne veut pas répondre et il reste debout, indifférent. Marcel ne reçoit aucune réponse  de l'homme et il est de plus en plus mal à l'aise. Est-ce que son maître est menacé ? Et peut-être aussi son fils ?
Marcel fait une dernière tentative:"Demain matin, vous pourrez recevoir votre paye. Vous êtes renvoyé si vous refusez de dire ce que l'homme a fait ici. "

Mais le serviteur reste indifférent et il dit: Il y a bien d'autres  châteaux dans la région. Un maître de perdu, dix de retrouvés ! "Malheureusement, Marcel ne prête aucune attention à ces mots qui constituent une menace majeure ...
Le soir où Marcel fait son tour à travers le château, une porte est ouverte. Marcel ne le remarque pas. Il est minuit et un grand orage éclate au-dessus du château. Il croit que la foudre est tombée sur le château et court à la fenêtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le château des Champ d'Hivers en feu

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16. Marcel Clément a été réveillé par le bruit. Il regarde par la fenêtre et voit soudain une lueur rouge.
Les nuages de fumée s'élèvent. Marcel comprend que la foudre a mis le feu au château et il se met en quête immédiatement.
Il se rend dans la partie du château qui est en feu, mais dans l'un des couloirs, il voit soudainement un certain nombre d'hommes debout avec des torches dans les mains et des masques noirs sur leur visage. Non, ce n'était pas l'orage qui a mis le feu au château.

Marcel sait maintenant que son maître et son fils sont en grand danger et il n'a qu'un seul but : les sauver. Grâce à un escalier secret, il parvient à atteindre la chambre de Tristan. Un terrible spectacle se déroule devant ses yeux.
Les meurtriers sont rentrés dans la chambre de Tristan et l'ont laissé, baignant dans son sang. La mort l'a déjà saisi. Des rideaux et des meubles ont été incendiés et Marcel doit quitter la pièce rapidement.
Il veut essayer de sauver le fils et la fortune de son défunt maître.

 


 

 

 

Le sauvetage de Raoul

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17 Avec son couteau de chasse, Marcel force la serrure d'un meuble. Il y a un petit coffret dedans. Tristan lui a dit dans le passé que ses biens les plus précieux sont cachés dedans. Marcel emporte les trésors avec lui et se précipite ensuite dans la chambre où dort le petit Raoul. Les meurtriers n'ont toujours pas remarqué que le fidèle serviteur est dans la chambre de son maître.
Les meurtriers n'ont pas encore atteint la chambre de Raoul. L'enfant dort paisiblement, ignorant le grand danger qui le menace.
Marcel sort l'enfant du lit et l'enveloppe dans les draps.

Puis il entend des pas rapides se rapprocher.
Il n'hésite pas et saute par la fenêtre avec l'enfant. Dans le parc, il parvient à s'échapper dans l'obscurité.
Une seconde plus tard, la race des Champs d'Hiver aurait disparu ... Marcel se cache derrière un arbre dans le parc. Il regarde le château qui devient lentement mais inexorablement la proie des flammes.

Puis Marcel voit soudain la silhouette d'un homme de grande taille à cheval. Il porte un masque noir. Avec un plaisir sans équivoque, il observe la destruction du château des Champ d'Hivers ....

 

 


 

 

018 Pierre Prost, le médecin des pauvres

 

18. Nous sommes en l'an 1618, plusieurs mois après les terribles événements du château des Champs d'Hivers.

Au cœur des montagnes du Jura, une modeste chaumière dans le hameau de Longchaumois. Pierre Prost (*), un homme très estimé à Longchaumois, y demeure. Pierre a étudié la médecine pendant quatre ans.
Bien que sa connaissance de la médecine soit limitée, Pierre passe dans la région pour un médecin très compétent. Son intérêt pour tout le monde et son dévouement l'ont fait surnommer au fil du temps, le "médecin des pauvres". Le 14 janvier 1618, Pierre épousa Tiennette Levillain, une charmante jeune fille de Saint-Claude.

Pendant un an, dans leur maison, Pierre et Tiennette connurent le bonheur. Ce bonheur fut presque parfait lorsque Tiennette annonça à son mari qu'elle attendait un enfant.
Malheureusement, un trop grand bonheur dure rarement longtemps. Le 14 janvier 1620, Tiennette meurt en mettant au monde une petite fille.
Les villageois arrivent quelques heures après. La nouvelle de la mort de Tiennette s'est répandue comme une traînée de poudre. Contre l'usage, Pierre voulut cependant mener les funérailles et assister l'enterrement.
Son chagrin, cependant, est si grand que les villageois devront le soutenir, lui qui était si fort.

(*) En Franche-Comté, Prost se prononce Pro.

 


 


 

Que veulent les trois hommes masqués?

 

19. Pour Pierre, seul le berceau demeure dans la maison où il était si heureux il y a quelques jours. Et qui sait, le berceau sera peut-être bientôt vide lui aussi ! Parce que la petite fille est chétive et délicate. Nuit et jour, Pierre veille sur son enfant pour préserver ce dernier souvenir de sa bien-aimée Tiennette.
Trois jours se sont écoulés. Une grande tempête de neige fait rage dans les monts du Jura. La maison craque de partout. Pierre veille sur son enfant. La petite poitrine halète. Puis la petite fille ouvre la bouche pour un dernier cri. Le corps est immobile et ne respire plus. La mort l'a emportée.

Après que Pierre eût embrassé les petites lèvres pour la dernière fois, il tombe à genoux et prie pour demander l'aide de Dieu afin qu'il puisse rejoindre à son tour, Tiennette dans l'éternité.
Quand Pierre est encore en prière, la porte s'ouvre brusquement. Pierre  tourne la tête et voit trois hommes vêtus de manteaux de velours noir et de masques noirs couvrant leur visage.
Un des hommes dépasse en taille tous les autres hommes et bien que rien ne le distingue des autres, Pierre comprend qu'il est le seigneur et que les autres sont ses serviteurs.

 

 

 

 

 


 

La mission de Pierre Prost

 

20. "Nous cherchons Pierre Prost", dit l'un des étrangers.
"C'est moi. Que me voulez-vous ? "Répond le médecin des pauvres.
"Je sais," continue l'autre, que vous êtes un médecin compétent.

Nous avons besoin de vous ! Je vous demande de me suivre immédiatement ! "
"Ce soir?"
'Oui, immédiatement !"
"Mais ce n'est pas possible", explique Pierre Prost. Il regarde le berceau. Mon enfant vient de mourir il y a moins de cinq minutes. Je ne peux pas vous suivre. Je n'en ai ni la force ni le courage."
L'homme au masque noir se dirige vers le berceau et  regarde le cadavre de l'enfant. "Avez-vous vu quelqu'un cette nuit ?" Demande-t-il.
"Personne d'autre que vous."
"Donc, personne ne sait que cet enfant est mort ?"
"Personne !".
"C'est bon !"
"Mais, murmura Pierre Prost, "que vous importe cela ?"

L'homme ne répond pas. Pierre est plongé à nouveau dans sa tristesse et semble oublier qu'il n'est pas seul.
L'homme au masque noir fait signe à l'un des hommes. Il porte une lanterne à la main. L'homme se rapproche et l'autre échange quelques mots avec lui à voix basse.
Ensuite, il se tourne vers Pierre. "Donnez une pioche, une pelle ou d'autres outils de jardin à cet homme afin que nous puissions creuser la terre."
"Que voulez-vous ?"
L'homme ne répond pas à cette question.
Il fait signe aux hommes pour prendre les outils que Pierre a désignés.
L'ouragan gronde encore et il neige dehors. Une lanterne éclaire plus tard un spectacle étrange. Deux hommes creusent d'abord la neige et commencent à ouvrir un trou d'un pied de large, deux pieds de long et trois pieds de profondeur. Derrière l'une des fenêtres de la maison, le Masque noir observe le travail en cours.

 

 

 

 

 


 

Le bébé

 

21. Quand le travail est terminé, les hommes rentrent dans la maison. Le Masque noir s'impatiente. Il se tourne vers le berceau et dit à Pierre: "Voulez-vous ensevelir vous-même votre enfant ou l'un de mes hommes devra-t-il s'en charger ?" "Ensevelir mon enfant ?" Le médecin s'exclame: "Je ne veux pas me séparer si vite de son corps !"
Dans cinq minutes, dit l'inconnu, votre enfant reposera sous terre, enterré par mes hommes.
"Si vous ne voulez pas le faire vous-même, nous devrons le faire  de force".
Le médecin hésite.
Un des hommes se dirige vers le berceau et va porter la main sur l'enfant. Un cri rauque s'échappe de la poitrine de Pierre et il se jette sur l'homme.

 Un geste impérieux du Masque noir arrête le serviteur qui avait déjà porté la main à sa ceinture pour en sortir son couteau de chasse et en faire usage. Pierre Prost a pris le petit corps dans ses bras.
  "Pourquoi," murmure-t-il, "pourquoi voulez-vous me l'enlever si tôt ?"
Le Masque noir hausse les épaules et dit durement: «Pensez-vous que je me mêlerais de vos affaires familiales si quelque puissant intérêt que vous n'avez pas besoin de connaître, ne me poussait à intervenir. Cet enfant doit disparaître à l'instant ! "
Pierre Prost comprend qu'il ne peut plus résister. Il courbe la tête et suit les deux hommes.
Ceux-ci le conduisent à la tombe fraîchement creusée et Pierre y dépose le corps de l'enfant. Quelques instants plus tard, la fosse est refermée et seule une petite éminence de terre  trahit ce qui s'est passé ici.
L'orage continue de faire rage et la neige de tomber. Demain tout aura disparu, enseveli  sous une couche blanche et froide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre a les yeux bandés

 

 

22. Les quatre hommes retournent dans la maison et l'homme au masque noir leur donne à nouveau ses instructions.
"Si vous m'obéissez, rien ne vous arrivera. Dans quelques heures, vous serez de retour ici, sain et sauf. Mais si vous dites un seul mot sur ce qui se passe ici, je vous briserai, comme on brise un outil inutile et dangereux. N'oubliez jamais ça !"
"Si vous voulez commettre un crime avec mon aide, monsieur, tuez-moi tout de suite. Je ne vous obéirai jamais."
À ces mots, les yeux derrière le Masque noir s'illuminent brièvement. "Vous êtes fou !", s'exclame-t-il. "Au contraire, c'est pour accomplir une bonne action et non pour commettre un crime. Il s'agit d'une femme qui va mettre au monde un enfant et de l'enfant qui va bientôt naître!"
Pierre n'hésite plus. Il sort ses instruments d'un placard et les met dans une pochette en velours.

 

"Est-ce tout ce dont vous avez besoin?" Demande le Masque noir.
'Oui'.
"Alors êtes-vous prêt à nous suivre ?"
"Je suis prêt".
  "Alors il me reste une dernière précaution à prendre maintenant".
Il fait un signe à l'un de ses serviteurs qui attache un Masque en drap noir sur le visage du médecin.
"Je ne serai pas capable de pratiquer ce que vous me dites sans y voir", dit-il. Mais l'homme au asque dit : "Si vous avez besoin de vos yeux, vous pourrez vous en servir. Allons-y ! "
L'homme saisit la main de Pierre et le conduit dehors où la tempête fait rage. Pierre repense à son chagrin et il ressent les deux profondes blessures qui saignent dans son cœur. Il ne réalise pas encore bien le danger qu'il court malgré l'assurance de l'homme au masque noir que rien ne lui arrivera

 

 


 

De Longchaumois à un château inconnu

 

23. Près de la maison de Pierre, sur la route de Longchaumois, une étrange voiture attend les quatre hommes. Deux beaux chevaux noirs sont attelés pour tirer une sorte de chariot de ferme dont les roues ont été remplacées par des patins de traîneau. Un homme non masqué essaie de maintenir les chevaux qui sont devenus nerveux à cause de la tempête. Les quatre hommes ont pris place dans la voiture.
Pierre connaît les environs de sa maison comme personne et il essaie de savoir où va le traîneau. Cependant, il n'a aucun point de repère et il ne sait pas dans quelle direction le traîneau se dirige. Le conduisait-on du côté de Clairvaux, de Saint-Claude ou de Champagnole?

Cette course fantastique dura environ deux heures. Puis le traîneau ralentit. Les sabots des chevaux glissent sur la neige. Les coups de fouet se succèdent sans relâche puis faiblissent. Enfin le traîneau s'est arrêté devant une grande demeure qui est située sur le plateau d'une montagne. Mais de quelle demeure s'agit-il ?
Il y a des douzaines de ces châteaux en Franche-Comté. Pierre Prost n'arrive pas reconnaître la maison. Le son puissant et rauque d'un cor de chasse retentit; immédiatement après, Pierre entend des bruits de chaînes et d'un pont-levis qui s'est abaissé. Puis il entend une lourde porte de fer grincer dans ses gonds.

 


 

Rester silencieux

 

24. Le traîneau glisse sur le pont-levis et et passe sous la porte. Pierre pense que ce château doit être une vraie forteresse. Le traîneau s'est arrêté.
"Nous sommes arrivés", dit le Masque noir. Il prend la main de Pierre et l'aide à descendre. Le vent souffle fort sur les vêtements de Pierre et la neige fouette son visage. Pierre en conclut qu'ils doivent être dans une sorte de cour extérieure à découvert.
Le Masque noir conduit Pierre à travers la place. Le bruit de leurs pas est étouffé par la neige. Finalement le médecin sent le seuil de pierre sous ses pieds. Une porte s'ouvre. Elle est si basse que le Masque noir prévient:

"Baissez-vous !"
Pierre obéit et met la main au-dessus de sa tête pour protéger son front. Il devine l'arceau d'une voûte. Dans un escalier, le compagnon de Pierre s'arrête un instant.
"Dans quelques secondes, votre tâche va commencer", dit-il. Vous vous souvenez de tout ce que j'ai dit ? "
"Je me souviens de tout et je sais aussi ce que je vous ai répondu." "Alors n'oubliez pas que je vous défends parler à cette femme: un seul mot signerait votre arrêt de mort et peut-être celui d'autres gens aussi !" Les deux hommes grimpent un escalier raide, la main du Masque noir guidant Pierre.

 

 

 

 


 

La naissance d'Eglantine

 

25. Une porte s'ouvre. Pierre Post peut voir à nouveau, car un serviteur a retiré le masque de son visage. Ils sont dans une petite pièce où l'unique meuble est un lit de chêne noir tout simple. Toutes les mesures de précaution ont également été prises ici et Pierre peut commencer son travail immédiatement. Mais d'abord le  Masque noir s'adresse à la femme qui souffre beaucoup. "Madame, dit-il doucement, voici un médecin qui va vous aider."
"Vous savez ce que je vous ai dit: vous ne parlerez pas à cet homme, parce que cela signifierait votre mort et la sienne. Cet homme ne vous dira pas un mot non plus et se tournant vers Pierre, luit dit : vous pouvez commencer votre travail."
Pierre se rend à côté de la femme. Son visage est couvert d'une sorte de cagoule.

Malgré cela, Pierre devine qu'il devait avoir affaire à une très jeune femme. Une heure plus tard, les hurlements d'un nouveau-né résonnent dans la pièce." Est-ce un garçon ou une fille ?" Demande le Masque noir.
"Une fille", répond le médecin. La mère retombe sans connaissance sur  l'oreiller. Pierre Prost prend son pouls. L'homme au masque noir demande avec impatience: "Est-elle morte ou est-elle vivante ?"
"Elle est toujours en vie, mais j'ai peur que le sang ne reflue rapidement au cerveau ce qui signifierait sa mort."
"Que faire ?"
"Une saignée tout de suite. Mais je dois pouvoir voir le visage de cette femme.
"

'Jamais !'

 


 

 

La mère peut-elle voir son bébé

 

26. Le Masque noir persiste dans son refus: Pierre Prost n'a pas le droit de voir le visage de la femme, il ne peut donc pas vérifier si le sang reflue au cerveau pendant la saignée. Il veut tenter quand même. Il perce la veine et le sang commence à couler dans le bassin de cuivre. Le sang s'écoula d'abord lentement, goutte à goutte puis enfin il jaillit en un long filet.
Après un court moment, la femme soupire. "Mon enfant .... où est mon enfant ? »balbutia-t-elle.
Le Masque noir s'avance et lui intime le silence. "Votre fille est en vie, madame, mais vous la prédestineriez à la mort si vous essayez de la revoir."
"La revoir .... la revoir.... Alors vous allez me l'enlever ?
"Oui, madame."
"Et je ne le reverrai plus jamais ?"
'Jamais !'

"Permettez-moi au moins de l'embrasser une seule fois. Je sais que vous êtes sans pitié, messire, mais ne refusez pas de donner au moins un baiser à ma petite fille."
"Embrassez-là donc ! dit le Masque noir, mais souvenez-vous : ne dites pas un mot !" Et se tournant vers Pierre, "Donnez-lui son enfant !"
Le médecin obéit. La mère étreint follement son enfant qu'elle ne verra plus jamais dans ses bras. Le Masque noir se tient debout impatiemment.
Juste au moment où il veut ouvrir la bouche pour mettre un terme aux adieux, un grand coup de foudre retentit. Des carreaux de la fenêtre cèdent sous le choc d'une terrible rafale et  se brisent dans la pièce. Le vent s'engouffre dans la pièce. Des charbons ardents sont soulevés de la cheminée et projetés sur les tapis du plancher. Le feu y prend et la fumée commence à se répandre dans la chambre.

 


 


 

contacter?

 

27. La lampe s'éteint soudainement, plongeant la pièce dans l'obscurité. Pendant une seconde, le Masque noir oublie ses préoccupations Il s'élance pour écraser du pied les charbons enflammés disséminés çà et là. Pierre saisit cette opportunité. Il se penche sur le lit et murmure à l'oreille de la jeune femme: "Ne vous inquiétez pas, madame. Je veillerai sur vous et prendrai soin de votre enfant. " La femme qui ne pouvait même pas voir celui qui lui parle, ne répondit pas. Cependant, elle sait maintenant que cet étrange médecin est digne de sa confiance.

Elle saisit la main de Pierre Prost et y glisse un petit objet. Immédiatement, il le dissimule sur lui. Personne n'a remarqué quoi que ce soit lors de cette conversation.
Un instant plus tard, le Masque noir ordonne au serviteur de remettre le tissu noir sur le visage de Pierre.
"Emmenez l'enfant et descendez. Nous vous suivons." Le médecin des pauvres n'a pas été en mesure de découvrir quoi que ce soit qui puisse aider la pauvre femme. Il n'a même pas entendu le son de sa voix ! Seul le petit objet qu'elle lui a donné pourra peut-être lui donner une idée.

 

 

 


 

Dans les couloirs du château

 

28. "Venez !" dit le Masque noir à Pierre en le prenant par la main gauche. Pierre a soudain une idée. Il sait que le bassin rempli de sang est par terre à ses pieds.

Pierre se baisse rapidement comme s'il faisait un faux pas et trempe sa main dans le sang jusqu'au poignet.

Le Masque noir croit qu'il avait trébuché et le fait sortir de la chambre.

L'homme avec l'enfant dans les bras les attend en bas. Le médecin compte, comme lors de la montée, les 22 marches de l'escalier dans l'espoir que ce petit détail pourra contribuer à la solution de ce sombre mystère.
Quand le petit cortège descend, Pierre doit se baisser à nouveau pour franchir la porte, mais cette fois, ce n'est plus pour préserver sa tête.   Pierre touche le haut de la voûte et y imprime la trace de ses doigts sanglants.
Le Masque noir n'a rien remarqué de son geste.

 

 


 

La mission de Pierre Prost

 

29. Pierre Prost et le Masque noir sont maintenant arrivés dans la cour extérieure. Le serviteur avec le nouveau-né dans ses bras court devant eux. L'orage ne s'est toujours pas apaisé et il neige encore plus que pendant le trajet aller.
Puis Le Masque noir se tourne soudain vers Pierre Prost: "Je vous donnerai une bourse avec de l'argent pour l'éducation de votre enfant".
"Hélas, vous savez aussi bien que moi que mon enfant est mort."
"Votre enfant est vivant !" Répond le Masque noir avec détermination.
Le traîneau attend de nouveau devant la porte. Pierre y prend place avec l'enfant que le serviteur a placé dans ses bras.
Le Masque noir lui donne une bourse pleine de pièces d'or et dit : "Souvenez-vous que les événements de cette nuit sont un rêve que vous devrez oublier à votre réveil. Dans quelques heures vous serez de retour dans votre chaumière avec une petite fille, la vôtre, qui dormira dans son berceau."

Comprenez-vous ce que je veux dire ?
"Oui, je comprends."
"Donc vous allez élever cet enfant, comme vous le feriez avec votre propre enfant, et personne ne doit savoir que ce n'est pas votre propre enfant. Mais n'oubliez pas: un seul mot à propos de tout ça et ce sera ta mort ... "
Les chevaux s'apprêtent à tirer le traîneau. Le Masque noir réfléchit quelques instants auprès du chariot. Que peut bien penser cet homme en ce moment ? Quels sont les motifs de son attitude étrange? Est-ce que l'homme en qui il a donné sa confiance concernant l'enfant, pourra garder le grand secret ?
Le traîneau glisse sur la neige. Pierre est perdu dans ses pensées. Pour lui, l'incident est un grand mystère dont il n'a aucune idée qui puisse l'éclairer. Jamais auparavant il n'avait vu cet homme avec son masque noir, et la pensée de la jeune femme qu'il n'avait pu voir et qu'il n'avait pas réussi à aider, lui avait brisée le cœur.

 


 

Eglantine

 

30. Quand le traîneau arriva à Longchaumois, il commençait à faire jour. L'orage s'était un peu calmé mais la neige tombait encore. Pierre Prost, trompé par la fabuleuse vitesse de la course, suppose que le traîneau est maintenant arrivé à mi-chemin.
"Où sommes-nous ?" demande-t-il à ses compagnons de route.
"Vous le verrez dans quelques minutes."
Le médecin est conduit dans la chaumière avec l'enfant.
"Vous ne pourrez pas enlever le masque de votre visage avant que vous ayez récité cinq Pater et cinq Ave dit l'un des hommes. Pierre fait ce qu'on lui dit. Il reste immobile dans la maison. Pendant qu'il prie, il entend des sabots de cheval et il sait que c'est le bruit du traîneau qui repart.
Ensuite, tout redevient complètement silencieux autour de lui.

Contre sa poitrine, il sent battre le cœur de l'enfant. Quand Pierre ôte son masque, il constate qu'il est dans sa propre maison. Il place la petite fille dans le berceau vide. Puis, une fois assis à côté du berceau, il regarde le petit objet que la pauvre femme lui a donné. C'est un magnifique médaillon en or pur sur lequel est représentée une petite rose sauvage, une "églantine", sertie de diamants. Quant à la bourse de toile donnée par le , Pierre découvre qu'elle contient 10.000 livres en pièces d'or !
Les amis de Pierre qui avaient vu la petite fille si pâle et chétive après la naissance sont surpris quand ils voient le bébé reprendre des couleurs, devenir fraîche et forte. Leur surprise, cependant, est encore plus grande lorsque Pierre leur apprend qu'il prénommera sa fille, Ėglantine.


 

 

031 Champagnole, 1638, dix-huit ans après cette nuit mystérieuse

 

31. Nous sommes en l'an 1638, dix-huit ans après la mystérieuse nuit du 17 janvier 1620, la nuit où Pierre Prost rentra chez lui avec un enfant qui n'était pas le sien.

 

Le lecteur sera étonné de ce grand saut dans le temps, mais il doit se rappeler que ce qui a été dit auparavant n'était qu'une introduction à l'histoire tragique qui suit.

 

Champagnole est un village comme il y en a tant en Franche-Comté. En ce jour froid et sombre de décembre, la rue principale est vide et abandonnée. Seuls quelques paysans se précipitent chez eux où le poêle répand sa chaleur.

Le silence est brusquement rompu par l'arrivée d'un cavalier vêtu d'un manteau brun qui entre dans la rue principale. Son cheval est fourbu.

A cette époque, la Franche-Comté appartient à l'Espagne. Il y a trois ans, le Franche-Comté était une province prospère mais maintenant elle doit se défendre avec héroïsme contre les envahisseurs.

 

Les Français sont dirigés par Condé, Villeroy et le duc de Longueville. En outre, les habitants de Franche-Comté doivent se battre contre une armée suédoise dirigée par Bernard de Saxe-Weimar qui va dévaster toute la partie nord du pays.

Néanmoins, en Franche-Comté, certains groupes sont dirigés par de vrais héros et défendent leur pays jusqu'à la mort. Ces groupes sont soutenus par les gens les plus fortunés de la province.

D'un autre côté, cependant, les Français comptaient dans leurs rangs des bandes de féroces fantassins originaires de la Bresse et du Bugey que les habitants de Franche-Comté appelaient "les Gris". Ces gris sont menés par deux personnages notoirement connus, les capitaines Lespinassou et Brunet.

Voilà dans quel triste état se trouvait la pauvre province au moment où nous reprenons notre récit.

Le cavalier et sa monture arrivent devant une bâtisse qui semble légèrement plus grande et mieux entretenue que les maisons qui l'environnent.

Sur le mur blanc, il y a des mots dessinés en grosses lettres noires qui attirent l'attention du cavalier.

 

 


 

La conversation avec l'aubergiste

 

32. Le cavalier descend lestement de son cheval. C'est un beau jeune homme d'environ 24 ans. Son visage a des traits réguliers et ses yeux ont un regard résolu. Tout dans ce  jeune homme dénote qu'il est de noble origine. Lorsqu'il frappe à la porte, un homme au  visage jovial d'environ 55-60 ans sort de l'auberge. "Faut-il mettre votre cheval à l'écurie, messire ?"

"Oui, et je veux qu'il soit encore mieux traité que moi-même !"

"Et vous avez bien raison, messire,  de prendre ainsi soin de votre cheval. C'est un animal de haute valeur et de grande race. "

"Vous vous y connaissez bien en chevaux, il me semble ?"

Tout en parlant, les deux hommes amènent le cheval à l'écurie.

"Parbleu, si je m'y connais !", dit l'aubergiste. "J'ai servi quinze ans dans la cavalerie. Demandez plutôt au colonel Varroz (*) des nouvelles de Jacques Vernier.

Et qui sait si un jour, malgré mes 58 ans bien sonnés, je ne remettrai pas le pied à l'étrier ? Et vive le Capitaine Lacuzon ! C'est un homme juste lui aussi! Il sera peut-être un jour, un martyr de la liberté !

En parlant, les hommes continuent. L'aubergiste emmène le jeune homme à la cuisine. Il s'assied à une table et n'a pas à attendre longtemps son repas. Une jeune fille le sert et l'aubergiste est heureux de parler à quelqu'un qui lui tient compagnie.

- Qui est ce colonel Varroz dont vous m'avez parlé ?

L'aubergiste à cette question, regarde le jeune homme avec étonnement.

"Je pense que vous devez être étranger ici ou venir de bien loin, messire ...."

"En effet, je suis étranger ici et je viens de loin ..." répond le voyageur.

 

Varroz (*) En Franche-Comté, se prononce Varro ( le z reste muet)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les dirigeants de l'armée des partisans de la liberté

 

33. "Vous n'êtes pas Français, j'espère ?" Demande l'aubergiste à son jeune invité.

"Non."

"Ni Suédois ?"

"Suédois non plus." "A la bonne heure ! Eh bien, le colonel Varroz est l'un des membres de notre grande trinité. "

"De quelle trinité parlez-vous ?" – "Par là, je parle de Varroz, de Jean-Claude Prost et du curé Marquis, nos trois grands héros !"

"Et ce capitaine Lacuzon, dont vous venez de parler ?" "Lacuzon et Jean-Claude Prost ne sont qu'un seul et même homme. Lacuzon est son surnom. Mais vous n'êtes pas au fait de la  situation ici, messire ? "

"Oui, je sais que la Franche-Comté combat courageusement pour son indépendance et que les habitants se battent contre les Français depuis trois ans ...»

"Et aussi contre les Suédois, messire !"

"Et les trois hommes dont vous parliez : que font-ils ?"

"Eh bien, quand les Suédois ont traversé les montagnes et pillé notre terre,

ont tué des enfants et des personnes âgées, incendié les maisons, nos montagnards et nos paysans se sont levés. Ils ont formé une armée, et bien qu'aucun soldat n'ait reçu de solde, ils se sont battus jusqu'au bout pour la sauvegarde de leur terre, et cette armée se bat toujours! "

"Et sans doute interrompit le voyageur, bien sûr Varroz, Lacuzon et Marquis sont les chefs de cette armée !"

"En effet messire, cette trinité mène notre armée!"

"Jean-Claude Prost était au début le bras droit de Varroz, mais maintenant il est son égal. Il a à peine 22 ans, mais quel homme! Tout le monde l'adore et tous les partisans sont prêts à  mourir pour lui. "

"Pourquoi ce surnom de Lacuzon ?"

Eh bien, La Cuzon signifie dans notre patois : le souci. Comprenez-vous, messire ?

"Je comprends. Et le troisième homme, le curé Marquis ?

"C'est le prêtre du petit village de Saint-Lupicin. Un grand prêcheur et un grand soldat ! Il se bat avec la prière et l'épée. Quand il se bat, il porte un manteau rouge. Il n'a pas d'autre  cuirasse."

 

 


 

Pourquoi le jeune homme  est-il bouleversé ?

 

34. "A la santé du capitaine Lacuzon !", s'exclame Jacques Vernier tout à son admiration et avec son verre de vin, il trinque avec celui du voyageur.

"Où est né le capitaine Lacuzon ?" Demande-t-il.

"Il vient de Longchaumois. C'est à quelques lieues d'ici. "

"Est-ce qu'il a une nombreuse famille ?"

"Non, pour le moment il est presque seul au monde."

"Quoi ? Pas de frère ou de sœur ?" Demande le jeune homme et sa voix tremble légèrement.

"Non, son seul parent est le frère de son père, son oncle Pierre Prost, qu'on appelait dans le pays : le médecin  des pauvres. Oui, c'est une triste histoire que celle de ce pauvre Pierre, un savant et un homme très bon! "

"Une triste histoire ?"

"Que lui est-il donc arrivé ?", Demande le jeune homme en pâlissant visiblement. "Sa femme est morte à la naissance de sa fille et Pierre est devenu presque fou de chagrin. Il a appelé sa fille Églantine au lieu de Jeanne-Claude, ou Jeanne-Marie, comme tous les gens d'ici.

Pierre a disparu avec sa fille deux ou trois ans plus tard. Même son propre frère ne sait pas où il est parti. "

"Et ensuite?"

"Quinze ou seize ans se sont écoulés sans que personne n'entende plus parler de lui. "Et après ça ?" Demande le jeune homme. "L'année dernière, Pierre Prost est revenu au pays".

"Avec sa fille ?"

"Non, messire. Il est revenu seul. Il semble que sa fille soit morte. "

"Morte", murmure le jeune homme d'une voix sourde et avec une expression infiniment triste  dans ses yeux.

"Mais comment est-ce possible ?"

"Personne ne le sait et peut-être que ce n'est pas la vérité. Les gens parlent beaucoup et ils  peuvent se tromper ... "L'aubergiste voit bien que son histoire a troublé le jeune homme et bien qu'il ne comprenne pas pourquoi, il sort tranquillement de la pièce, laissant le jeune homme seul ...

 


 

En traversant la vallée de Morez

 

35. Un quart d'heure plus tard, quand le jeune homme a retrouvé son calme et sa sérénité, il va retrouver l'aubergiste. "Je voudrais vous  régler mon dû et ensuite je repartirai", dit-il simplement.

L'aubergiste ne peut cacher sa surprise. "Quoi? N'êtes vous pas satisfait de mon auberge?

"Oh non, non. Mais je dois partir maintenant. Je voudrais vous demander un service de plus : pourriez-vous me procurer un guide ?

"Où voulez-vous aller, messire ?"

"A Saint-Claude!"

"Miséricorde ! À Saint-Claude ?

"Oui, qu'y a-t-il de si étonnant à cela ?"

"Mais vous n'y arriverez jamais vivant ! Vous serez assassiné par les Gris ou par les Suédois." "Vous signerez votre arrêt de mort en y allant."

"Qu'importe dit le jeune homme, je partirai seul."

L'aubergiste tente sans succès de dissuader le jeune homme de suivre son plan mais quand il se rend compte que rien ne peut l'arrêter, il dit : "Vous avez besoin d'un guide !"- " Vous oubliez que je ne connais pas du tout le pays !"

"Cela n'a pas d'importance. Suivez toujours tout droit la route qui passe devant mon auberge. C'est encore un long chemin et vous devrez grimper et descendre. Mais c'est comme ça que vous arriverez à Saint-Claude."

"Et n'y a-t-il pas d'autre moyen ?"

"Si, il existe un autre chemin en passant par la vallée de Morez et Longchaumois."

"Alors je vais prendre celui-là. Si au moins vous pouviez me trouver un guide ... "

"C'est bon, c'est bon, messire", murmure l'aubergiste, "vous aurez votre guide ..."

L'étranger resté seul dans la pièce, laisse libre cours à ses pensées.

"Morte", murmure-t-il. "Elle est morte et je ne la reverrai plus jamais. Qu'est-ce que je fais dans ce monde si Églantine est partie? "

Et il reste perdu dans ses pensées pendant un moment, "Non, ce n'est pas possible ! Eglantine n'est pas morte, elle est en vie. Je le sens. Est-ce que mon existence entière ne lui est pas liée ? Je dois partir et la chercher. J'ai besoin de trouver le capitaine Lacuzon. Lui seul peut me dire la vérité ! "

 

 

 

 

Les forêts et les montagnes

 

36. Jacques Vernier revient bientôt avec le guide promis. C'est un garçon de ferme d'environ 13-14 ans mais il est grand pour son âge. "C'est un garçon intelligent", dit l'aubergiste à son guide. "Et s'il avait quelques années de plus, il serait une brave recrue pour les corps francs de Lacuzon. Je vous assure que vous pouvez faire totalement confiance à ce garçon. "

"Ça me va", dit l'étranger. "Je pense que c'est un grand et gentil garçon et au lieu d'un écu, je lui en donnerai deux."

Cinq minutes plus tard, le jeune homme part avec le guide et ils quittent Champagnole.

Le cheval marche au pas afin de ne pas trop fatiguer le jeune guide. Cependant, celui-ci marche très vite  avec la perspective des deux écus promis.

Une légère brume descend sur les montagnes. Les fers du cheval résonnent sur les pierres du chemin, leur bruit rompt le silence. Le garçon sifflote un air.

Après deux heures de marche à travers la forêt, Nicolas Paget, le jeune guide et l'inconnu arrivent à l'entrée d'un taillis très épais. Le garçon conseille à l'homme de descendre de cheval. Il a commencé à neiger. Les deux hommes marchent en silence.

 


 


 

Le voyageur devra-t-il continuer seul ?

 

37. La nuit tombe. Un vent glacial frappe le visage du voyageur et de son guide. Malgré son manteau épais, l'étranger est trempé. Le chemin devient très mauvais, il dit: "Vous appelez ça un chemin, vous ? Personne ne passe donc jamais ici ?"

"Seulement quelques bûcherons et des charbonniers, personne d'autre. Les gens de Champagnole qui doivent aller à Saint-Claude font un détour par Clairvaux, mais Jacques Vernier m'a dit que vous vouliez absolument passer par ce chemin.

Enfin, la fin de cette partie si fatigante du voyage approche. Il y a moins d'arbres et le couvert devient plus léger. Les deux voyageurs sont maintenant arrivés à la lisière de la forêt. Ils sont sur la crête d'une falaise abrupte qui se termine par une gorge profonde. Il est minuit maintenant, mais c'est la pleine lune.

Une lumière bleutée illumine la neige, les sommets du Jura et le plateau sur lequel se tiennent l'inconnu et son guide.

Les sommets éclairés font paraître encore plus obscures, les ténébreuses profondeurs de la vallée qui s'ouvre à leurs pieds. Le versant, raide comme le toit d'une maison, est couvert de neige.

"Messire," dit soudainement Nicolas, "je vais vous laisser ici !"

"Pourquoi ?" S'exclame le voyageur avec étonnement. "Vous partez ? Et pourquoi ? "

"Parce que nous approchons maintenant d'Orsières et que c'est un nid de sorcières ", répond Nicolas Paget, d'une voix tremblante.

L'étranger qui connaît les superstitions des gens d'ici, sourit.

 

 


 

La chute du voyageur

 

38. L'inconnu, cependant, n'est pas très heureux de la perspective d'entreprendre seul le reste du voyage. Et le jeune Nicolas Paget est déterminé à ne pas aller plus loin.

"Et qu'est-ce que je vais faire maintenant  sans guide ?" lui demande le voyageur.

"Messire", dit le garçon, "le chemin est très facile à trouver. Je vais vous dire comment procéder "et il donne toutes les instructions nécessaires.

Le voyageur donne à son ancien guide les deux écus promis puis le garçon s'éloigne rapidement. L'étranger est maintenant complètement dépendant de lui-même et de son cheval. Le voyage commence. Le cheval est effrayé et il renâcle au début. Le voyage est très dangereux et l'étranger se souvient soudain des avertissements de l'aubergiste.

Son cheval se met soudainement à glisser et rien ne peut stopper sa chute. La neige est gelée et glissante, le voyageur se met à dévaler dans la pente avec son cheval. Il regrette le moment où il a choisi ce chemin plutôt qu'un autre plus sûr.

 


 

Qu'est-ce que cette maison ?

 

39 Comme par miracle, le cavalier et le cheval parviennent au fond de la vallée après un long vol plané. Après être resté  un peu étourdi sur le sol, le jeune homme se relève. Il palpe son cheval et constate que tout va bien. Lui-même a subi quelques égratignures sans gravité. Avec joie, le voyageur sifflote une chanson tout en changeant de vêtements et un moment après, il se remet en selle sur son cheval.

Il atteint le moulin dont lui avait parlé Nicolas Paget et peu de temps après, il arrive au passage à gué sur la Bienne. L'information que le guide lui a donnée est parfaitement exacte. L'étranger fait entrer son cheval dans l'eau dont le niveau est assez bas.  Elle atteint à peine les jarrets de l'animal qui a retrouvé son calme.

Après que  le jeune homme et son cheval eurent passé la Bienne, ils gravissent la côte sur laquelle le chemin se prolonge. Le jeune homme continue pendant une heure. Quand il atteint finalement un point culminant, il entrevoit à travers les arbres, sous la clarté de la lune, les maisons d'un petit village, disséminées sur le flanc d'une colline. Ce village s'appelle Longchaumois.

Quelques minutes plus tard, le cavalier arrive à l'entrée du hameau. Un peu plus loin se trouve un chalet qui ressemble à toutes les maisons de Longchaumois: une maison basse avec  toutes les portes et fenêtres qui donnent sur le chemin.

Le passage à gué s'est déroulé sans incident et cela semble de bon augure pour le voyageur.

 

 


 

040 La petite maison de Longchaumois

 

40 Le voyageur s'arrête sous l'ombre profonde de quelques sapins. Il reste immobile et écoute. Il entend un murmure de voix confuses, des cris et par-dessus cela, un cliquetis d'épées. Des cris et des imprécations alternaient avec des gémissements. Il semble que tous ces bruits viennent de la maison.

Le jeune cavalier hésite un instant, ne sachant que faire. Mais soudain, il voit jeune homme de grande taille près de la maison. Ses cheveux noirs retombaient sur ses épaules et le voyageur peut apercevoir au clair de lune, le visage du nouveau venu qui montre une expression fière et noble.

L'homme se promène lentement devant la maison sans faire de bruit. Ses yeux noirs brillent d'indignation. Il semble que l'homme est terriblement ému par ce qu'il peut voir par la fenêtre de la maison.

L'homme fait plusieurs fois le tour de la maison et s'arrête à la fenêtre. Immobile, il suit tout ce qui se passe à l'intérieur. Il n'a aucune idée qu'il est espionné sur lui-même. Ce qui se passe à l'intérieur semble horrible.

L'homme a l'air remué et il semble qu'il va intervenir immédiatement.

 

 

 


 

Est-ce qu'il va ouvrir la porte ?

 

41. Que se passe-t-il entre-temps dans cette demeure mystérieuse ?

Nous revenons environ une demi-heure avant que le voyageur inconnu n'arrive à la maison.

Dans l'une des deux chambres de cette maison appartenant à Jean-Claude Prost (ou si vous voulez, le capitaine Lacuzon), un petit homme d'une quarantaine d'années est assis sur un petit banc devant la cheminée, en égrenant son chapelet. Il réchauffe ses pieds froids à la chaleur du foyer. C'est Pèlerin, le serviteur et le confident du capitaine Lacuzon.

Puis soudain un violent coup est frappé à la porte. Dehors, huit hommes à figures de bandits. Ils sont armés jusqu'aux dents. L'un des hommes dépasse d'une tête tous les autres et il s'avère être le chef de la troupe.

Il a un visage hideux et une profonde cicatrice lui traverse la joue, allant jusqu'à la lèvre supérieure dont un morceau manque, enlevé par un coup de sabre. C'est pourquoi il semble que l'homme affiche perpétuellement un sourire tordu sur son visage. "Qui êtes-vous ?" dit le vieux domestique qui n'est pas très rassuré.

"Un ami", dit l'homme à la cicatrice, "nous sommes de votre bord. Je viens de la part du capitaine. "

"De mon maître ? Oui, mais vous devez me donner le mot de passe. "

"Oui ... le capitaine me l'avait donné ... mais je l'ai oublié. Vous devez cependant nous laisser rentrer et fermer la porte derrière nous. Nous avons un message. Votre maître est en grand danger !

Tout cela semble si sûr que l'homme ouvre la porte. Cependant avant d'ouvrir, il décroche un vieux fusil du mur ...

 

 


 

Le terrible Lespinassou

 

42. Dès que la porte est refermée derrière eux, toute trace d'aménité a disparu chez les huit   hommes. Trois d'entre eux se jettent sur le domestique et en quelques secondes ils lui arrachent son vieux fusil et lui  lient les mains dans le dos.

"Les Gris!" Balbutie anxieusement le domestique. "Ce sont les Gris!" Il jette un coup d'œil au colosse et il comprend soudainement qui il est : "Lespinassou!" Crie-t-il.

C'est bien le terrible Lespinassou, le monstre sans visage qui n'a de pitié pour personne. Il affiche maintenant un effroyable sourire avec sa lèvre mutilée et rit férocement: "Ha, tu sais qui je suis maintenant, c'est bien, ça va simplifier un peu les choses." Il s'assied au coin du feu et pose son chapeau sur la table.

Le malheureux serviteur est conduit à Lespinassou. L'un des hommes pose la pointe de son épée sur la poitrine du domestique et demande: "Où est Lacuzon ?"

"Je ne sais pas", murmure le domestique avec la voix d'un homme terrifié.

"Où est Varroz?"

"Je ne sais pas."

"Et Marquis?" ...

"Eh bien," dit Lespinassou avec un ton de bonhommie amicale qui ressemblait à la caresse d'un  tigre: "Tu ne sais donc vraiment rien ?"

"Rien, rien. Je ne sais rien. "Les Gris, cependant, voient bien qu'ils ont peu à douter sur  l'issue  de l'interrogatoire de cet homme: Il a aussi peur qu'une belette.

 


 

Le jeune homme aux cheveux noirs arrive à la rescousse

 

 

43. Nous sommes maintenant à l'extérieur de la maison où le pauvre serviteur est torturé par l'infâme Lespinassou. Toujours caché derrière quelques arbres, le voyageur suit les mouvements de l'homme aux longs cheveux noirs. Il devient urgent de voir ce qui se passe à l'intérieur.

Puis il y a un grand cri dans la maison. Après ce cri sinistre, il y a un silence pendant quelques secondes.

Mais le jeune homme aux cheveux noirs a maintenant pris sa décision. Il a un pistolet dans la main gauche et une épée dans la droite. Le voyageur ne bouge pas, bien qu'il aurait voulu se joindre à cet homme.

Le voyageur ne bouge pas, bien qu'il aurait voulu se joindre à cet homme.

Car, bien qu'il ne le connaisse pas, il éprouve une sympathie instinctive pour cet obscur jeune homme   qui fait preuve d'un courage si indomptable.

Il prend un court élan et il saute à travers la fenêtre de la maison, il y aussitôt un énorme fracas. L'homme a disparu.

Le voyageur ne le voit plus. Tout semble calme dans la maison, mais soudain un grand tumulte éclate, encore plus violent que le précédent ...

 

 


 

La lutte

 

44. C'est précisément le moment où Pélerin, le vieux serviteur est en train de céder sous la torture. "Otez-moi  cette épée, je vous dirais tout. Je ne sais pas où est Lacuzon, mais Varroz et Marquis sont dans..."

Il n'a pas le temps de finir sa phrase car à ce moment un homme sombre se précipite par la fenêtre. Il se retrouve soudainement au milieu des Gris qui ne savent bientôt plus que faire.

Immédiatement le jeune homme commence à tirer et un, deux Gris tombent. Une grande confusion se produit. Qui est donc ce jeune homme téméraire qui vient de surgir dans la maison ? L'inconnu, cependant, profite de la confusion qui règne.

Un autre Gris tombe sur le sol. L'homme se place le dos au mur pour s'assurer qu'il ne sera pas attaqué par derrière.

Un quatrième homme est tué. Les trois autres commencent maintenant à désespérer. Lespinassou, cependant, passe en revue la situation et quand il remarque qu'il n'a qu'un seul adversaire face à lui, il appelle les autres : "Il est seul et nous sommes quatre. "Tuez-le !" Et il tire avec ses deux pistolets. Mais ses mains tremblent et il manque son but.

L'inconnu s'élance contre lui. Il crie : "Misérable !"  "Oh, je te connais bien. Tu es  Lespinassou, tu as la férocité du loup et sa lâcheté! Montre si tu es un homme, viens donc et battons-nous, d'homme à homme !"

 

 


 

Peut-il gagner le combat ?

 

45. Lespinassou fait quelques pas en direction du jeune homme, il se jette sur lui et un grand combat commence. Bien que le nouveau venu soit grand, Lespinassou le dépasse d'une tête. L'autre, cependant, est rapide et agile et Lespinassou comprend qu'il va perdre la bataille au corps à corps. Il a encore trois complices et il leur crie: "Lâches ! Vous ne pouvez pas venir m'aider ? Vous voyez bien qu'il est seul .... ! "

À ces mots, les Gris restants reprennent courage et se joignent à la lutte qui est maintenant très inégale.

Le jeune homme se tient dos au mur et il ne peut rien faire d'autre que de manier son épée avec la plus grande dextérité pour se défendre contre les quatre épées.

Le combat devient inégal.

Il est fatigué. Le sang bourdonne dans ses oreilles. Il réunit une fois de plus toutes ses forces et parvient à étendre raide mort l'un des attaquants. Lespinassou et ses deux sbires reculent, mais ils se relèvent et le combat ne dure plus très longtemps de cette manière.

Les trois bandits voient que les forces de leur adversaire diminuent. Ils voient qu'il commence à chanceler et qu'il ne fait que parer presque inconsciemment, leurs coups.

 


 

Le jeune homme reçoit de l'aide

 

46. Lespinassou et ses deux hommes sont à l'attaque et ils ont l'impression d'être victorieux dans cette bataille inégale. Le brave jeune homme est fatigué. Il peut à peine lever le bras pour repousser les coups et ses jambes peuvent à peine le porter. Il décide d'abandonner le combat. Il baisse les bras et les trois hommes lèvent déjà leur épée contre lui. Le jeune homme baisse la tête, il recommande son âme à Dieu et attend la mort.

Mais au lieu de la mort, le secours arrive soudainement. Une voix résonne à l'extérieur: "Courage! …J'arrive. Je viens vous aider! "

Un jeune homme saute par la fenêtre ouverte et fait feu avec ses deux pistolets. Un des Gris tombe. Le nouveau venu n'est autre que le jeune homme que nous avons déjà rencontré dans l'auberge de Jacques Vernier et que nous avons accompagné dans son voyage à Longchaumois.

Il se tient à côté du jeune homme aux cheveux noirs et avec son épée à la main. "Maintenant nous voici à égalité!" Crie-t-il à Lespinassou. "Deux contre deux." Viens voir un peu si tu l'oses ! Voyons un peu si tu es courageux !"

Immédiatement il se lance à l'attaque et le jeune homme noir qui se sent renforcé par cette aide inattendue, saisit à nouveau son épée et se bat.

 

 

 

 

 


 

Lacuzon

 

47. Lespinassou montre maintenant à quel point il est lâche. Il comprend qu'il va perdre ce combat et il voit dans la fenêtre ouverte, une chance de s'échapper. Il fait un bond et disparaît parmi les arbres, suivi de son seul homme survivant. Pendant un moment, l'étrange jeune homme veut poursuivre les deux fuyards pour leur donner leur juste punition, mais quand il voit à quel point l'homme aux cheveux noir est faible, il décide de rester en sa compagnie.

Il prend la main de son sauveur et dit simplement: "Qui que vous soyez, messire, Français, Franc-Comtois, Espagnol ou Suédois, le capitaine Lacuzon sera votre ami pour la vie!"

"Lacuzon ...", répète l'autre, "Vous êtes Lacuzon ?"       "Oui" C'est une bonne étoile qui m'a fait vous trouver ici !

"Une bonne étoile ? Mais, messire, je ne vous connais pas et comment me connaissez-vous ?"

"J'ai quelque chose d'important à vous dire, capitaine, et j'ai voyagé jusqu'ici depuis Champagnole dans l'espoir de vous rencontrer!"

"Une bonne étoile ? Mais, messire, je ne vous connais pas et comment me connaissez-vous ?"

"J'ai quelque chose d'important à vous dire, capitaine, et j'ai voyagé jusqu'ici depuis Champagnole dans l'espoir de vous rencontrer!"

"Qu'est-ce que vous avez donc à me dire alors ?", Demande Lacuzon.

"C'est une longue histoire, capitaine et l'endroit où nous sommes maintenant ... .."

"Est sinistre, n'est-ce pas ?…Vous avez raison !" dit le capitaine, "nous devons partir d'ici." Les deux hommes regardent autour d'eux pendant un moment: la maison est toute dévastée et remplie seulement de cadavres. Ils en sortent rapidement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 2 hommes font connaissance

 

48. Le capitaine Lacuzon et le jeune voyageur quittent la sinistre demeure.

"Je pense que vous devriez m'expliquer la cause de ce long voyage et pourquoi vous vouliez me parler", commence Lacuzon.

- Je vous le dirai, dit le jeune homme, et, s'interrompant, vous n'êtes pas à pied, capitaine?

"Bien sûr que non," dit le capitaine. "Mais mon cheval est très spécial et n'a pas besoin d'être  attaché". Et pour le prouver, il porte deux doigts à ses lèvres et fait entendre un sifflement aigu.

Au loin, le bruit d'un cheval au galop retentit et une belle jument barbe apparaît quelques instants après.

"Quel bel animal !" S'exclame l'inconnu.

 

"C'est un cadeau de Charles de Lorraine", dit le capitaine en caressant la crinière de l'animal." Elle me connaît, elle m'aime, elle obéit à mon appel et n'obéit à personne d'autre." Le voyageur veut caresser l'animal, mais elle se cabre furieusement.

"Prenez garde !" Crie Lacuzon en retenant les rênes du cheval "pour ceux qu'elle ne connaît pas, cet animal est dangereux !" Les deux hommes se mettent en selle et marchent en silence  pendant quelques minutes. Les deux hommes sont perdus dans leurs pensées. L'un d'eux admire le jeune capitaine de vingt-deux ans et le prend à part. L'autre rompt le silence.

"Vous ne m'avez toujours pas dit ce que vous êtes venu chercher. Dans quelques heures nous arriverons dans une région où le silence deviendra nécessaire. Donc il vaut mieux parler dès  maintenant. Je vous écoute et je vous promets par avance que je ferai tout mon possible pour vous aider. "

 

 

 

 


 

L'amour pour Églantine

 

49. Le jeune voyageur commence son histoire. "Capitaine", dit-il, avec une voix qui vibre d'émotion, "Ma situation est difficile et mon embarras extrême. Et avant que je ne vous dise tout, vous devez me promettre de ne pas révéler mon secret. Je ne veux pas que quelqu'un puisse apprendre quoi que ce soit de ce que je vais vous dire.

"Vous m'étonnez et vous m'intriguez singulièrement ! S'exclame Lacuzon. "Je vous connais à peine depuis quelques heures et déjà vous me confiez vos secrets. De toute façon, je vous écouterai. "

"Capitaine" continue l'autre, "vous avez une nièce qui vivait avec son père dans une petite maison près de Dole. Le père est parti et il est revenu récemment, mais ... voici qu'on dit

qu'Églantine est morte. Est-ce vrai? "

Lacuzon regarde devant lui et ne dit rien. L'autre explique ce silence à sa manière.

"Terrible", murmure-t-il. Elle est morte, je le sens ......

L'accent désespéré de la voix du jeune homme fait tressaillir de nouveau le capitaine et il est clair qu'il est très embarrassé.

"Alors vous la connaissiez donc ?" Demande-t-il.

"Je la connais très bien!"

"Et peut-être vous l'aimiez ?"

"Oui, je l'aimais… De tout mon cœur."

Il y a un profond silence pendant un moment. Alors Lacuzon balbutie : "Et elle ... elle vous aimait aussi ?"

"Elle était douce et bonne pour moi."

Le capitaine détourne la tête. Il a les larmes aux yeux et pendant quelques instants cet homme fort et héroïque devient comme un enfant...

 

 

 

 

 


 

Raoul de Champ d'Hivers

 

50. Les mots de l'inconnu ont provoqué un grand changement chez le capitaine. On dirait qu'un voile a été enlevé de son visage. Il aime aussi Églantine. Cependant, il ne lui a jamais fait connaître son amour, mais l'a chérie au plus profond de son cœur. Puis il relève brusquement la tête avec fierté: il est redevenu le brave capitaine Lacuzon. "Tu m'as sauvé la vie", dit-il, "et ce serait payer bien mal ma dette si je te laissais plus longtemps dans l'incertitude. Églantine n'est pas morte !"

À ces mots, les yeux du jeune homme se mettent à briller. Pendant un moment, ils continuent silencieusement mais le capitaine rompt le silence. "Après les confidences que vous venez de me faire, j'ai le droit d'entendre votre histoire et de connaître vos futurs projets ..."

Et le jeune homme qui n'a rien à cacher au capitaine, commence à raconter l'histoire que nous connaissons déjà. En effet, l'étrange voyageur n'est autre que Raoul de Champ d'Hivers, fils du baron Tristan de Champ d'Hivers dont on connaît la fin tragique.

 

Raoul raconte avec précision toute son histoire : l'amour malheureux de son père Tristan, pour Blanche de Mirebel, le meurtre du comte de Mirebel, la disparition de la jeune fille…

Puis le mariage de Tristan de Champ d'Hivers, son père, avec Odette de Vaubécourt, la naissance de Raoul, la mort de sa mère et enfin la tragique nuit où une main criminelle incendia le château de son père et où  le fidèle Marcel Clément emportant avec lui, Raoul, a fui le château après avoir constaté qu'il ne pouvait plus rien faire pour le vieux seigneur de Champ d'Hivers qui venait d'être assassiné.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

051 Qui est le Masque noir ?

nr 51

 

 

51. Lacuzon a suivi de près l'histoire de Raoul de Champ d'Hivers. Son visage est grave et tout montre qu'il a porte un grand intérêt à ce que lui raconte son nouvel ami. De temps en temps, il interrompt Raoul pour lui expliquer quelque chose qu'il ne comprend pas.

Raoul continue son récit. Il essaie d'être aussi complet que possible dans son histoire. Il parle aussi abondamment de cette nuit terrible dans laquelle le château a été incendié. "Mon père n'est pas mort de façon naturelle pendant cette nuit. Il a été assassiné ! "

"Un meurtre ?" Demande Lacuzon avec étonnement. "Et par qui ?"

"Le Masque noir!"

"Et vous pensez que le Masque noir…"

"Je sais que l'homme au masque noir n'est autre qu'Antide de Montaigu et j'espère qu'il y aura un jour prochain où je pourrai vous le prouver.

 

Marcel Clément l'a reconnu cette nuit à sa voix, son attitude et sa manière de se déplacer.

Les derniers mots de Raoul de Champ d'Hivers firent une profonde impression sur Lacuzon. Il peut difficilement croire que ce que son compagnon dit est vrai.

"Ce n'est pas possible", dit-il. Antide de Montaigu est l'un de nos plus grands combattants pour la liberté de la Franche-Comté. C'est dans son château que les opérations militaires sont planifiées et les préparatifs faits. Il nous fournit également de l'argent et de la nourriture. Vous le voyez: je ne peux pas croire que ce que vous dites soit vrai."

"Je comprends, mais j'attendrai patiemment. Un meurtrier ne peut pas être un vrai compagnon d'armes ! "

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

Pierre Prost, le médecin des pauvres, pourra-t-il être sauvé?

nr 52 n

 

52. Lacuzon connaît maintenant toute l'histoire de Raoul de Champ d'Hivers. Il sait qu'il est issu d'une vieille et noble  famille et qu'il a été élevé par un fidèle serviteur qui l'a sauvé du château en feu, de son père. Lacuzon sait aussi que Raoul a rencontré Églantine lorsqu'il faisait partie de l'armée du maréchal de Villeroi qui faisait alors le blocus de Dôle. Raoul lui dit aussi que lors de ses conversations avec Églantine, le nom de Lacuzon était souvent cité.

"Tu es mon ami", explique simplement Lacuzon à la fin de l'histoire et il lui tend la main.

Les amis continuent leur voyage qui mène sur des pentes abruptes. Quand ils atteignent un sommet, d'où ils ont une belle vue sur les environs, Lacuzon commence à parler à nouveau. "Vous ne m'avez pas dit quels sont vos projets et ce que vous voulez faire avec Églantine, dit-il."

"Je ne comprends guère votre question, capitaine ! " S'exclame Raoul, "je veux la faire baronne de Champ d'Hivers, si vous en êtes d'accord. "Vous me demandez la main de ma cousine ?"

'Bien sûr ! Et dès que nous verrons son père, je lui demanderais également." "Malheureusement," dit tristement Lacuzon.

 

"Vous ne verrez jamais son père car il mourra demain. "

Raoul est trop surpris pour répondre et Lacuzon continue: "Vous savez que depuis deux jours, le Sire  de Guébriant et ses Suédois ont occupé Saint-Claude ?"

"Oui ... mais Pierre Prost ?"

"Mon oncle a été arrêté avec un certain nombre d'autres habitants, soupçonnés d'espionnage.

"Lui qui est la loyauté même ! Dès que le jour se lèvera, il sera mis à mort. "

"Mais ils n'oseront pas !"

"Vous vous trompez, ils osent tout. Ils pensent qu'ils peuvent intimider les montagnards en tuant mon oncle.

"Mais n'y a-t-il pas moyen de l'aider ?" S'interroge Raoul.

"Pensez-vous que je parlerais si calmement avec vous ici si je n'avais aucun espoir pour son salut ?" Répond Lacuzon. Les hommes continuent. Ils arrivent dans un petit bois très épais et ont à peine quitté le couvert, qu'un homme saute derrière eux du haut d'un de ces arbres. Il tient une arme à la main.

"Qui va là ?" demande-t-il.

"Saint-Claude et Lacuzon" répond le capitaine.

 

 

 

Comment entrer dans la ville ?

nr 53 n

 

53. L'homme qui s'était mis au travers de la route et leur barrait ainsi le passage, est un partisan franc-comtois.

"Ah, c'est vous, capitaine !" s'exclame l'homme  quand il reconnaît Lacuzon.

"Descendons de cheval, Raoul", dit Lacuzon en se tournant vers l'homme: "Il y a du nouveau ici ?"

"Rien, capitaine!"

"Et dans la ville ?"

Les Suédois et les Gris ont pillé un grand nombre de caves, y compris celles du couvent. Ils ont éventré des fûts de vin et ils étaient saouls à la fin du pillage. "

"C'est bien, va ! Merci." Le partisan repart avec les deux chevaux.

Le capitaine et Raoul continuent à pied le long de la route de Saint-Claude.

 

Quand ils atteignent la sortie du bois, Lacuzon dit à son compagnon: "Et maintenant, Raoul : plus un mot ! Nous ne pouvons plus faire le moindre bruit. L'ennemi est devant nous, derrière nous, à nos côtés, partout ! Le moindre bruit nous trahirait et provoquerait le signal d'un tir nourri de mousquets dont nous serions la cible. Nous continuons maintenant le long de la rivière. Ensuite, nous profiterons du couvert des arbres".

Les deux hommes prennent toutes les précautions que Lacuzon juge nécessaires. Après un certain temps, ils arrivent à un endroit où la Bienne fait un coude et où la rivière s'écoule plus rapidement. Quelques dizaines de mètres plus loin, ce sont les murs de la ville. "Arrêtez-vous ! Murmure le capitaine, caché derrière un épais tronc d'arbre. Après avoir regardé autour pendant quelques secondes, il porte ses mains à sa bouche et imite le cri de la chouette. Quelques secondes plus tard, on entend le même hululement à l'intérieur de la ville.

 

 

 

 

 


 

La sentinelle

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54. La lune éclaire juste cette partie du mur qui faisait face aux hommes. Ils voient une grande tour massive et une partie du rempart sur lequel une sentinelle suédoise allait et venait lentement, avec régularité. Elle porte un mousquet sur l'épaule. Le métal de ses armes étincelle faiblement sous les rayons de la lune. Tout est calme. L'homme marche sur le rempart éclairé puis quand il arrive dans l'ombre projetée par la tour, les deux amis ne peuvent plus le voir. Ils ont observé la sentinelle pendant plus d'un quart d'heure. Puis un nouveau venu apparaît sur la muraille. Il marche en pleine lumière, comme s'il voulait attirer l'attention sur lui-même. La sentinelle marche le dos tourné au nouveau venu.

 

Il marche derrière la sentinelle et à l'étonnement de Raoul, il commence à chanter d'une voix retentissante, une célèbre chanson de la liberté franc-comtoise. La sentinelle bien qu'habituée à de telles manifestations de la part de jeunes hommes ivres n'approuve pas la présence du chanteur.

Mais si l'homme a presque terminé son couplet, c'en est apparemment trop pour le Suédois. Il se dirige rapidement vers le chanteur. Le vent porte maintenant des sons différents à Lacuzon et Raoul. Ils entendent d'abord les fragments d'une conversation, puis le cliquetis de l'acier sur la pierre, suivi de quelques bruits sourds et indéfinissables. Tout cela se passe en quelques minutes. Ils aperçoivent  juste le soldat suédois, revenu avec son fusil sur l'épaule.

 

 

 

 

 


 

Comment franchissent-ils le mur de la ville ?

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55. Ce qui s'est passé sur le mur n'est pas difficile à deviner. Profitant de la surprise provoquée par l'attaque soudaine de la sentinelle, le chanteur l'a maîtrisée et, en quelques minutes, il en a profité pour enlever l'uniforme du Suédois et s'en revêtir. Quelques minutes plus tard, Raoul et Lacuzon voient à nouveau la tête de la sentinelle entre les remparts du mur. Il est légèrement plus costaud et plus grand que son prédécesseur.

L'homme va et vient sur le rempart. Il revient une fois, deux comme l'a faite la sentinelle précédente. Puis le chanteur entame le deuxième couplet de la chanson de la liberté qu'il avait interrompu un quart d'heure plus tôt.

La chanson commence comme ceci: "Comte Jean, voici venir l'heure, me voici, pourquoi ne viens-tu pas ?"

"C'est Garbas", dit doucement Lacuzon à Raoul. "Si nous sommes assez rapides, nous pourrons rentrer dans les murs de St-Claude sans résistance. Viens, Raoul !" Les hommes quittent l'abri derrière leur arbre et pataugent dans l'eau de la Bienne qui n'est pas haute. Le niveau ne monte pas encore au genou. Puis ils se trouvent au bas du mur, prêts à investir la ville avec l'aide du partisan qui a neutralisé les gardes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison de la Grand' rue

 

56. Au pied de la grande tour, les hommes restent immobiles. Lacuzon murmure doucement. Puis une échelle de corde glisse sur le mur.

"Je connais le chemin et j'y vais", dit Lacuzon, en saisissant l'échelle et en grimpant. "Suivez-moi !"


Dès qu'ils le peuvent, les hommes grimpent sur les créneaux. Ils ne disent pas un mot et tiennent leur sabre d'une main pour qu'ils ne puissent pas cogner contre le mur.
Raoul et le capitaine parviennent sans obstacle en haut du rempart. La prétendue sentinelle les attend là-bas. Une masse sombre gît sur le sol.
"Qu'est-ce que cela ?" Demande Lacuzon.
"C'est Le corps du suédois qui voulait m'empêcher de chanter tout à l'heure", dit Garbas.
"Y a-t-il quelque chose de nouveau dans la prison ?"

"Non, rien. La surveillance est encore très stricte et le bûcher a déjà été mis en place."
"Il ne manque que le feu et le condamné."
"Et nos hommes?..."
"Ils sont tous ici. Le colonel et le prêtre vous attendent. "
"Vas-y, Garbas, dit Lacuzon. "Nous allons à la maison de la Grand' rue."
Les trois hommes traversent la ville silencieuse sans dire un mot.

Tout le monde dort, sauf les nombreuses sentinelles qui ont été postées aux  points stratégiques.

Saint-Claude est une ville pauvre avec un seul trésor: le monastère. Mais le monastère de Saint-Claude et Saint-Lupicin est à cette époque, un des plus riches d'Europe et c'est pourquoi les Suédois apprécient de rester dans cette ville.

 

 


 

Le colonel et le prêtre

nr 57

 

57. Au bout de la Grand' rue à Saint-Claude, non loin de la place Louis XI, se trouve une petite maison simple. En bas se trouve une chambre meublée très austère. Deux hommes aux visages inquiets sont assis devant la cheminée. L'un est un homme d'environ soixante ans, un prêtre d'après ses vêtements. Son compagnon porte un uniforme militaire presque semblable à celui de Lacuzon. C'est un homme d'âge moyen. Sa stature est jeune et athlétique mais ses cheveux blancs coupés courts trahissent son âge. Le marteau du beffroi de la cathédrale frappa deux coups sur la cloche. "Deux heures ! S'écrie le colonel, déjà !"
«Colonel, demande le prêtre, vous êtes inquiet, n'est-ce pas ?"
"Oui. Il devrait être ici depuis longtemps. Il me l'avait promis et il sait que le temps presse. Quelque chose a dû lui arriver. Et rien ne doit arriver en ce moment ! Cela bouleverserait tous nos plans et donnerait toute liberté d'action aux Suédois et aux Gris !"
"Et il est seul"…, ajouta le prêtre à ces mots. Puis au bout d'un moment, il murmure: "Il ne nous reste plus qu'à prier pour lui."

Il avait à peine dit cela qu'on frappe à la porte. Les hommes se regardent brièvement.
Puis le colonel se dirige vers la porte et demande doucement: "Qui va là ?"
"Saint-Claude et Lacuzon.", la réponse provient de l'extérieur.
"Sois le bienvenu, Jean-Claude !" S'écrièrent en même temps Le colonel et le prêtre après avoir reconnu leur ami.
"Je suis en retard, n'est-ce pas ?", demande-t-il.
"Plus de deux heures. Nous commencions à craindre que quelque chose ne vous soit arrivé !
"Et vous aviez raison. J'ai échappé à un grand danger. Je vous raconterai tout ça plus tard. Sachez seulement que je ne serais jamais parvenu ici si ce jeune homme n'était pas venu à mon secours. Alors je vous le présente comme mon sauveur." Il pousse en avant Raoul, que personne n'avait   remarqué jusqu'alors car dissimulé sous son chapeau à large bord afin que les hommes ne puissent pas voir son visage.

 


 

 

 

 

 

La maison de la Grand' rue

nr 58

 

58. Lacuzon n'a toujours pas révélé l'identité de son compagnon. "Raoul, dit Lacuzon, voilà les deux héros dont vous avez souvent entendu parler: voici le colonel Varroz et le curé marquis. Et maintenant que vous savez qui ils sont, vous devez aussi leur dire qui vous êtes. Montrez-leur d'abord votre visage."
Raoul enlève son chapeau. Varroz scrute les traits du visage du jeune homme, puis avec le regard plein de stupeur, il s'accroche au bras du prêtre et dit doucement : "Est-ce possible, curé ? Comment cela peut-il être possible ? "
Il y a un silence de mort dans la maison. – "Comment une telle chose peut exister !" murmura le colonel. C'est le sosie ou le fantôme de mon ami mort, Tristan de Champ d'Hivers !"
Le prêtre ne sait que répondre: il n'a jamais connu le baron.
Raoul prend maintenant la parole. "Colonel Varroz, dit-il, vos yeux ne vous trompent pas. Vous voyez bien en effet un Champ d'Hivers ici devant vous. Cependant, ce n'est pas votre vieil ami, mais son fils.

Je suis Raoul de Champ d'Hivers.

"Et moi, dit Lacuzon, je vous confirme que c'est bien la vérité." Le vieux colonel ne peut plus cacher son émotion. Il presse Raoul contre sa poitrine et des larmes roulent sur ses joues bronzées.
Quelques instants plus tard, il n'y a plus qu'un sujet qui intéresse les 4 hommes : Pierre Prost, comment vont-ils le libérer avant son exécution ?
"A huit heures du matin, mon oncle sera libéré, ou bien je mourrai avec lui", dit Lacuzon.
"Les Suédois sont sur leurs gardes", répond le prêtre. "L'exécution de l'oncle de Lacuzon signifiera une victoire pour eux. Et hier, on a vu dans le village, le Masque noir qui, comme vous le savez, est toujours pour nous  le présage d'un malheur.
Raoul voulut intervenir après ces quelques mots mais Lacuzon ne lui en laissa pas le temps. "Que m'importent les Suédois, les Gris ou le Masque noir ? Je vous jure que Pierre Prost sera sauvé ! "

 


 

La robe du moine

nr 59

 

59. "Les Suédois sont nombreux", poursuit le prêtre, un peu dubitatif   devant la certitude de Lacuzon de sauver son oncle.
"M'as-tu déjà vu compter mes ennemis ?" Demande Lacuzon. "Chacun de mes montagnards vaut dix hommes et je peux compter sur tous mes montagnards !"
"Comment vont-ils entrer dans la ville ?"
"Ils y sont déjà depuis hier."
"Tous ?"
Du moins, en nombre suffisant pour nous aider dans nos plans. Garbas qui nous a amenés ici, leur porte mes derniers ordres pour le moment. "
'Il a raison" Dit Varroz se mêlant à la conversation. Les Suédois peuvent avoir un capitaine; nos partisans en ont trois !"
Lacuzon s'est levé, il doit partir. Il presse longtemps les mains du colonel et celles du prêtre.
Raoul lui, pensait à Églantine.

Alors, des bruits de pas retentissent dehors et se rapprochent rapidement. Quelqu'un se tient maintenant devant la maison. Les hommes écoutent ... Puis on frappe à la porte trois fois.
"Qui va là ?", Demande Varroz.
Une voix répond: "Saint-Claude et Lacuzon". Le vieux soldat ouvre la porte.
Le nouveau venu porte une robe de moine. Le capuchon rabattu  recouvre presque tout son visage.
"Frère Malo !" S'écrie, surpris, Varroz.
Cependant, le prêtre paraît inquiet: "Que faites-vous donc ici à cette heure de la   nuit ?" Lui demande le curé Marquis.
"Hélas, nous n'avons plus droit à rien", murmure le moine. "Les Suédois nous ont chassés pour installer le comte de Guébriant à notre place. Ils ont pillé nos trésors et dévalisé notre cave !"

 

 

 

 

 


 

 

 

Quel est le secret de Pierre Prost?

nr 60

 

60. "Je ne pense pas que vous soyez venus ici pour nous conter toutes ces histoires si tard dans la nuit !" Interrompt brusquement le curé Marquis.
Un peu troublé par cette réplique acerbe, le moine bégaie. "Bien sûr que non, je ... je voulais ...." Un instant après, reprenant son aplomb, le moine dit: "Je dois assister Pierre Prost dans ses dernières heures. Je suis venu vous demander ce que vous auriez à dire à l'infortuné Pierre Prost pour soulager ses souffrances. J'ai rencontré Garbas et il m'a dit que vous étiez ici ", conclut-il avec hésitation.
Lacuzon, qui n'a rien dit jusqu'à présent et qui apparemment n'a même pas suivi  la conversation, commence tout à coup à manifester de l'intérêt. "Ainsi vous irez  au cachot, voir mon oncle ?" Demande-t-il. "En effet," dit le moine. "Avez-vous un mot de passe pour pouvoir pénétrer dans la prison ?"
Poursuit Lacuzon.

"Mieux que ça," répond-t-il.  "J'ai un laissez-passer" et il tire un morceau de papier autorisant son accès auprès du condamné Pierre Prost. J'aurai le droit de rester seul avec lui pendant une heure ...... Ce sauf-conduit signé par le comte de Guébriant donne soudain une idée à Lacuzon.
"Je dois partir", dit frère Malo, "Puis-je récupérer mon laissez-passer ?"
"Vous n'en aurez pas besoin, car j'irai à votre place."
En vain, le moine proteste contre ce plan risqué. Lacuzon dit: "C'est le seul moyen que nous ayons encore pour sauver mon oncle. "Pierre Prost m'a dit une fois : Si jamais un jour, je suis en danger mortel, viens à moi, Jean-Claude. Parce qu'avant de mourir, je veux te confier un terrible secret. " Sur ces mots les participants n'ont plus rien à redire.
Le moine commence à retirer sa robe.

 


 

Le moine

nr 61

 

61. En quelques minutes, le Capitaine Lacuzon s'est travesti en moine. Il rabat le capuchon sur son visage : "Est-il possible de me reconnaître ainsi vêtu ?"
"Non", répond le curé, "Si les Suédois ne vont pas vérifier que c'est bien le bon moine ...»
Lacuzon rit. Je serai de retour dans une heure ou deux, je vous assure.
"Prends-tu tes pistolets avec toi ?"
"Non, ils seraient pour moi plus compromettants qu'utiles."
"Alors emporte au moins ce poignard."
'Volontiers. Je vais le cacher dans une large manche de mon froc. Et maintenant, on se revoit dans environ une heure ! "

Comment le médecin des pauvres a-t-il été arrêté ? Peu de temps après que les Suédois eurent pris le contrôle de Saint-Claude, un groupe de Gris menés par le terrible Lespinassou quitta la ville.

Parce que quelqu'un avait un peu trop parlé, Lespinassou avait entendu parler du retour de Pierre Prost. Le Masque noir avait ainsi appris que sa fille Églantine était morte. Il trouva que c'était une bonne nouvelle pour lui. Ainsi personne ne pourrait plus jamais l'identifier.
Pierre Prost fut attaqué quelques jours plus tard par quelques hommes, il n'opposa aucune résistance mais il pût reconnaître l'homme qui vint lui demander ses services il y a plusieurs années. Pierre Prost s'est complètement  résigné à sa condamnation à mort. Il restait silencieux dans sa cellule et murmurait de temps en temps.
"Seigneur, ne laisse pas ce terrible secret mourir avec moi !"
Un jour avant son exécution, il a demandé l'assistance d'un confesseur

A trois heures du matin, il entend du bruit devant sa cellule et un instant plus tard, un moine entre, accompagné de deux soldats. L'un d'eux porte une lanterne.

 


 

La nuit du 17 janvier 1620

nr 62

 

62. "Vous avez une heure !", dit l'un des soldats avant leur départ.
"Que je vous ai attendu !" S'exclame Pierre Prost dès qu'ils sont seuls. "Je vous ai appelé comme un prisonnier qui attend la mort mais espère toujours  la vie et la liberté".
"En effet, c'est la liberté et la vie que je t'apporte !" Répond le moine avec une voix douce qui fait tressaillir le condamné.
"Qui donc êtes-vous ?" Demande-il. Le capitaine relève maintenant son capuchon.
"Jean-Claude !", balbutie Pierre Prost. "Mon enfant ! Toi ici ? "
"Dans quelques heures, les gens qui t'ont condamnés seront tombés à ta  place, mon oncle !"
"Mais comment ?"
"Pas assez de temps pour parler de ça. Je te dis seulement : espére ! Et même si les flammes t'enveloppent déjà, espére ! Mais avant tout, je suis venu ici pour t'écouter. Quel est ton terrible secret ?"

"Ecoute-moi et utilise ce que je te dis maintenant, comme une arme contre l'homme qui est l'un des plus terribles ennemis de la Franche-Comté.
"Qui est cet homme ?"
"Le Masque noir !" Dit Pierre Prost.
"Comment !" S'exclame le jeune homme.
"Le Masque noir joue un rôle dans ta vie ?"…
"Oui, tu vas tout savoir. Je dois d'abord te dire qu'Églantine n'est pas ma fille. " Lacuzon entend alors l'histoire des événements de la nuit du 17 janvier 1620; la mort de sa petite fille chétive et l'intervention de l'homme au masque noir, de la femme qui est la mère de l'enfant et de l'homme qui lui a donné beaucoup d'argent pour pouvoir nourrir Églantine. Lacuzon peut difficilement croire l'histoire. Mais le temps presse et les pas des soldats résonnent déjà dehors. D'un geste rapide, Pierre Prost sort le médaillon et le donne à Lacuzon.


 

 

 

Le bûcher sur la place Louis XI

nr 63

 

63. L'heure de partir est arrivée pour le moine et les deux soldats suédois viennent le chercher.
"Au revoir, peut-être !", Dit Pierre Prost.
"A bientôt !", dit Lacuzon, qui a rabattu son capuchon sur son visage.
"Et surtout, continue d'espérer !" Quand les deux soldats entrent, il dit: "Continuez d'espérer, mon frère. Que la paix du Seigneur soit avec vous ! "
Et le moine suit les gardiens de son oncle. Il est cinq heures du matin et comme nous sommes en décembre, il fait encore nuit.
Malgré l'heure matinale, il y a déjà beaucoup de monde debout. Tous se rendent à la place Louis XI où se dresse déjà un grand bûcher.

Les gens considèrent cette exécution comme un spectacle. Et ils se sont levés tôt pour s'assurer d'avoir une bonne place. Lacuzon parcourt rapidement la foule. Cependant, il garde les yeux bien ouverts et reconnaît parmi les groupes, plusieurs de ses hommes. Ils se sont plus ou moins déguisés et Lacuzon voit qu'ils sont bien armés sous leur déguisement.
Lorsque le capitaine rentre dans la maison de la Grand' rue, ses amis ne peuvent cacher leur joie pour son retour.
- "Et, Jean-Claude ?" Demande le curé Marquis.
Lacuzon met un doigt sur sa bouche pour lui faire signe de ne rien dire tout en désignant du coin de l'œil, le frère Malo. Puis il se tourne vers le moine : "Je vous remercie encore, mon frère ! Vous m'avez rendu un
très grand service !"

 

 

 

 


 

Le traître

nr 64

 

64. Lacuzon a hâte de raconter le grand secret à ses amis. Mais il comprend que la présence du frère peut être gênante et donc il se tourne immédiatement vers lui : "Repartez chez vous, frère Malo. Et puis faites le plus vite possible, avant que votre supérieur ne commence à s'interroger sur votre longue absence. Mais d'abord, je vais vous donner un bon conseil. "
"J'écoute, Capitaine."
- Eh bien, cachez-vous du mieux possible et ne soyez surtout pas présent ce matin à l'exécution de Pierre Prost sur la place Louis XI,
"Compris, capitaine. Votre conseil sera suivi. "
Frère Malo a remis sa robe et son capuchon et assure à nouveau: "Je ne mettrais dehors ni un pied ni un œil et si les choses tournent bien, je chanterai de tout mon cœur le Gaudeamus igitur (*)". Après avoir dit au revoir à Lacuzon, Varroz, Marquis et Raoul, il repart, heureux d'avoir joué un rôle si important

dans une aventure aussi audacieuse. En réalité, cependant, il n'a rien compris des  intentions réelles de Lacuzon ...
Une fois la porte fermée, Lacuzon prend la parole: "Le secret de mon oncle va vous intéresser tous et je crois que cela nous mettra sur la voie d'un grand traître."
"Un traître ?" Répète Marquis.
"Oui, et un jour nous découvrirons qui se cache derrière le Masque noir."
"Est-ce que ton oncle t'a parlé du Masque noir ?"
Lacuzon raconte maintenant toute l'histoire et il montre à ses amis le médaillon sur lequel l'églantine est représentée.
Pierre Prost, m'a dit qu'il avait laissé l'empreinte de sa main ensanglantée sur un mur. "Je vais la trouver."
Raoul, demeuré silencieux  jusqu'à présent, dit doucement: "Allons au château de l'Aigle !"

(*) Chant religieux en latin signifiant : "Réjouissons-nous donc"


 

 

 

 

 

L'émotion de Raoul

nr 65

 

65. Raoul est toujours convaincu que le Masque noir et Antide de Montaigu ne sont qu'une seule et même personne. Cependant, ses amis ne peuvent pas le croire. Pour le moment, cependant, un seul sujet importante vraiment : Pierre Prost. La trinité des chefs décide de ne rien révéler à Églantine au sujet de sa naissance.
"Avez-vous pensé," demande soudainement Lacuzon, "que si notre plan échoue, Églantine restera seule au monde ?" Le capitaine juge que c'est  maintenant le moment de révéler l'amour de Raoul pour Églantine. Malgré leur surprise, Varroz et Marquis ne peuvent cacher leur joie à cette nouvelle.
Raoul rougit un peu et il est embarrassé quand le capitaine continue : "Et vous ne pensez pas qu'il vaudrait mieux que pendant que nous allons affronter le danger, nous laissions Églantine sous la protection de son fiancé dévoué ?"
"Oui," dit Marquis, "ce serait la meilleure solution.

"Et tandis qu'il constate que Raoul est également d'accord avec le plan, il dit," Appelez Églantine. "
Raoul, qui jusque-là ne sait pas qu'Églantine est présente dans la maison, est encore serein. Il regarde le vieux colonel et le prêtre. Ils lui sourient.
Lacuzon va à la porte qui donne accès à la pièce adjacente. Il frappe doucement: " Églantine ?"
"Cousin ?" Répond une voix douce.
"Dormais-tu?"
"Non, comment pourrais-je dormir par une pareille nuit ?"
"Viens par ici, ma chère enfant. Le curé Marquis, le colonel et moi avons à te parler."
L'émotion de Raoul est trop grande. Il se cache derrière ses amis. Il ne peut pas comprendre ce bonheur. Il ne peut penser à autre chose qu'à la jeune fille qu'il va rencontrer bientôt.

 

 

 


 

Réunion inattendue

nr 66

 

66. La porte s'ouvre et Églantine entre. Elle est devenue une très belle jeune fille et son apparence a quelque chose de royal. Par nécessité, elle ressemble à toutes les jeunes filles de cette région: elle porte une robe simple et un petit bonnet de velours sur des cheveux foncés et bouclés. Deux grands yeux bleus donnent quelque chose de doux au visage pâle et mélancolique.
"Mon enfant, dit le curé, nous avons de bonnes nouvelles pour toi : dans quelques heures ton père sera ici avec nous en homme libre !"
"Libre !", répète tristement la jeune fille, "je n'ose y croire !"
"Il faut avoir la foi !", dit le prêtre, et il lui dit que Lacuzon a rencontré son  père. "Et puis j'ai une autre nouvelle pour vous et je crois que cette nouvelle te réjouira aussi."
"Que voulez-vous dire ?", Demande la fille.
"N'as-tu pas laissé aucun doux souvenir, aucune affection, là-bas 

dans la forêt de Chaux ?" demande le prêtre.
Et Lacuzon ajoute: "Chère cousine, n'essayez pas de nous cacher les secrets de votre cœur, car nous les connaissons !" Il pousse Raoul en avant.
Quand
Églantine reconnaît Raoul, elle pousse un cri de joie et de bonheur. Le jeune homme ne sait pas quoi dire devant des retrouvailles aussi inattendues et dit un peu troublé : "Lacuzon vous dira comment je suis arrivé ici."
"Mais comment puis-je l'aimer ? Lui, Raoul, lui, un Français ?" Demande
Églantine. Lacuzon répond à cette question.
"Ce n'est pas un Français, mais un Franc-Comtois, c'est un gentilhomme, un des nôtres !"
Églantine prend la main du capitaine comme pour le remercier de ces paroles.

 

 

 

 


 

Églantine en sécurité ?

nr 67 n

 

67. Une faible lumière commence à pénétrer dans la pièce.
"L'heure approche !", dit le colonel en bouclant le ceinturon de son épée autour de sa taille.
"Nous serons prêts !", répond Lacuzon. Il entrouvre la porte qui donne sur la rue et regarde la foule de gens qui se dirige vers la place Louis XI. Le capitaine émet un faible sifflement déjà bien connu ; personne ne lui répond mais aussitôt un homme sort de la foule et se dirige vers la maison.
C'est Garbas, le trompette des corps-francs, l'homme qui a permis la veille aux deux amis de pouvoir pénétrer dans la ville.
"Tu connais la maison de Pied-de-Fer ?" lui demande le capitaine.
"Oui, Capitaine, juste en face de la fontaine."

"Tu dois y conduire ce gentilhomme et ma cousine et tu viendras ensuite me rejoindre. "
Raoul montre sa déception à ces mots. "Je réclame ma part du danger, capitaine. Ce serait me faire une injure mortelle si vous me le refusiez."
"Enfant !" répond Lacuzon. "Je sais que vous êtes courageux", poursuit-il après un court silence. - Mais avez-vous pensé qu'
Églantine est en danger, tant que personne n'est avec elle ? Elle sera seule et ne pourra pas se défendre contre toute cette soldatesque ivre. "
Raoul baisse la tête, "Capitaine, vous avez raison !" Dit-il en attrapant son chapeau et son manteau.
Églantine s'est enveloppée dans une longue pelisse bien chaude.
Puis les deux jeunes gens partent, précédés par Garbas.

 

 

 

 


 

L'exécution de Pierre Prost

nr 68 n

 

68. Le jour est arrivé. La place Louis XI a été transformée en un immense carré pour l'exécution. Des centaines de personnes attendent là. D'une part il y a des soldats suédois, des Gris et des Français, mais il y a aussi beaucoup d'amis de celui qui sera bientôt exécuté. Ils regardent l'air sombre et lugubre ....
Il y a beaucoup de femmes qui pleurent et même les hommes forts ne peuvent pas cacher leurs sentiments. C'est l'un d'eux qui sera bientôt exécuté et ce drame peut arriver à n'importe lequel de ces spectateurs, aujourd'hui ou bien demain. L'horloge de la cathédrale sonna huit heures. Au premier coup du beffroi, il y eut du mouvement dans la foule. Au deuxième coup, un roulement de tambour retentit puis une sonnerie de trompettes.

Le cortège se met en route; les gens présents voient celui-ci déboucher par une des portes monumentales de l'abbaye qui donnent sur la place.

Au-dessus de cette porte se trouve un balcon de pierre d'où l'on pouvait embrasser la place entière d'un seul regard. Un détachement de soldats suédois, fusil sur l'épaule, est posté autour du bûcher. Quand les curieux s'avancent un peu trop, les soldats doivent prendre des mesures. Ils les refoulent brutalement mais les jeunes montagnards, les hommes de Lacuzon, savent bien se placer sans que les suédois ne s'en aperçoivent. Pierre Prost s'avance sur la place d'un pas ferme. Ses mains sont liées dans le dos. Deux détachements de soldats, conduits par Lespinassou, marchent à ses côtés. Les exécuteurs avec leurs torches enflammées, marchent à gauche et à droite.

 

 


 

069 Raoul et Églantine dans la maison de Pied-de-Fer

nr 69

 

69. Alors que Pierre Prost attend la mort sur la place Louis XI, Raoul et Églantine restent dans la maison du nommé Pied-de-Fer où ils attendent le cours des événements dans une angoisse extrême. Les deux jeunes gens parlent peu. Églantine, pâle et sombre, sanglote doucement. Elle sait que ses amis risquent leur vie pour sauver celle de son père. En ce qui concerne Raoul: Il ne pense qu'aux autres qui se battent sans lui  alors qu'il est obligé de se cacher avec une jeune fille dans une chaumière à l'abri derrière d'épais barreaux. Puis un  bruit attire son attention. Il y a des cris et des éclats de rire. Raoul entrouvre  un rideau et regarde au dehors.
Il voit alors quatre personnes sur la route : trois soldats et une femme.

Ce sont des soldats de Lespinassou, des Gris et il est clair qu'ils ne veulent pas du bien à cette femme âgée d'environ 55 à 60 ans. L'épouvante et le désespoir peuvent se lire sur son visage. Elle se met à genoux devant les soldats et les supplie de la libérer.
Les Gris n'ont qu'une seule réponse à ses larmes: un rire sarcastique.
Un des Gris sort du groupe. Il extrait une grosse corde de sa poche et examine les arbres autour de lui. Bientôt, il trouve une branche qui semble convenir à son projet. Il grimpe dans l'arbre et attache le bout  de la corde à la branche. Il fait un nœud coulant à l'autre bout.
Il rit et dit: "Lespinassou a peut-être son bûcher mais nous, nous avons un bourreau qui travaille tout aussi bien !"

 

 

 

 


 

Raoul intervient

nr 70

 

70. Tandis que leur camarade fixe le nœud coulant dans l'arbre, les autres continuent de tourmenter la vieille femme qui toujours agenouillée, les  supplient de la libérer. Cependant, lorsqu'elle réalise qu'il ne lui reste désormais plus rien à espérer, elle joint ses mains pour une dernière prière.
"Allons la vieille !" Dit l'un des hommes. Il est temps d'aller au gibet !" L'homme qui avait attaché la corde dans l'arbre roule une grosse pierre à l'aplomb du nœud coulant et dit: "Allez, la vieille. Voici le marchepied qui te  rapprochera du ciel !" La vieille femme ne peut qu'obéir.

Les Gris ont passé le nœud coulant autour de son cou et la seule chose qui sépare encore cette vieille la femme de la mort, c'est la grosse pierre qui sera bientôt retirée. Raoul qui est au comble de la tension et de l'indignation, comprend qu'il est temps d'intervenir.
"Je ne peux pas voir assassiner cette pauvre femme devant mes yeux sans essayer de la sauver", dit-il. Il enlève sa cape, vérifie que son épée est bien en place et demande à Églantine de bien fermer la porte derrière lui. Il sort rapidement de la maison, prêt à affronter les Gris. Ils sont sur le point de mettre leur plan à exécution.

 

 

 

 

 


 

 

Magui sera-t-elle  pendue malgré tout ?

nr 71

 

71. Quand les Gris voient l'étranger arriver, ils interrompent un moment, leur tâche. Les hommes ne connaissent pas l'uniforme de Raoul et ils craignent qu'il ne soit de l'état-major. Les hommes lui font un salut militaire. Raoul décide alors de profiter de cet avantage. Il demande gentiment : "Quelle diable de besogne faites-vous donc là, camarades?"
"Vous le voyez, mon officier," répond l'un des Gris. "Nous nous amusons un peu avec cette sorcière."
"Comment savez-vous que c'est une sorcière ?" Tout le monde le sait à Saint-Claude ! "Les gens du pays l'appellent tous : " Magui la sorcière ".

Bientôt la conversation prend un tour nettement moins amical. Les hommes ne sont que modérément satisfaits de l'intervention de Raoul et lui montrent clairement. Raoul, cependant, ne se laisse pas déconcentrer.
"Et si je m'assurais que cette exécution ne puisse avoir lieu ?" Demande-t-il.
"Vous ne le ferez pas, car l'exécution va se faire !".
"Croyez-vous ?" Je vous ordonne de rendre la liberté à cette femme, et si vous n'avez pas obéi dans une seconde, je vais devoir agir. Vous allez faire connaissance avec mon épée !"
"C'est ce que nous allons voir, jeune coq arrogant !", défie l'un des Gris et dit en se tournant vers un de ses camarades: "Limassou, finis-en avec la vieille !"
Limassou obéit et d'un coup de pied, fait rouler la pierre sous les pieds de la vieille femme.

 

 

 

 


 

Raoul remportera-t-il le combat ?

nr 72

 

72. La pierre roule et la vieille femme est maintenant suspendue dans l'air au bout de sa corde, déjà secouée de convulsions  Raoul a tiré son épée et se rue à l'assaut du Gris. Il l'attaque violemment. L'homme se défend faiblement et appelle ses camarades à la rescousse. Puis il tombe raide mort. Les deux autres qui ont été choqués au spectacle de cette courte lutte, prennent la fuite.
Raoul reste seul avec le corps du Gris et celui de la malheureuse vieille femme. Il se hâte de trancher la corde et d'étendre la malheureuse dans l'herbe.
Elle est sans connaissance.

La fontaine qui est à deux pas de la maison s'avère d'un grand secours. Raoul puise l'eau fraîche dans ses mains et la répand sur le visage et le cou meurtri de la vieille femme. Son coeur bat encore mais très faiblement.
Raoul ne prêtait plus attention aux deux Gris en fuite. Ces hommes avides de vengeance, s'étaient cachés derrière une muraille près de la maison où se terre Églantine. Profitant de ce qu'il leur tournait le dos, ils visent avec leurs pistolets, Raoul demeuré là sans méfiance.

 

 

 

 


 

La vieille Magui

nr 73

 

73. Pendant que Raoul s'occupe de la vieille femme, deux coups de feu retentissent soudainement. Deux balles sifflent tout près de sa tête. Il se retourne vivement, il voit les silhouettes des hommes qui, après l'échec de leur attaque, se sont enfuis précipitamment en direction des collines.
Raoul oublie un moment la vieille femme et, suivant son élan, il se met à leur  poursuite.
Puis il réfléchit: il ne peut pas rester trop loin d'Églantine.

Et il y a aussi la vieille femme qui a besoin de ses soins. Quand il revient auprès d'elle, il la trouve non plus étendue mais assise. Elle a repris connaissance. La vieille Magui se souvient de tout et avec des larmes, elle remercie Raoul. Celui-ci admire chez elle, la pureté de son langage et le choix de ses expressions qui contrastaient énormément avec la pauvreté de ses vêtements..
"Vous avez risqué votre vie pour une pauvre femme que vous ne connaissiez pas et à laquelle vous ne pouviez pas vous intéresser !", S'exclame-t-elle avec étonnement.

 

 

 


 

Pierre Prost monte au bûcher

nr 74

 

74. En attendant, les dernières mesures sont prises pour l'exécution sur la place Louis XI. Les gens sont sinistres et attendent en silence le cours des opérations. Pierre Prost se montre courageux. Il marche fièrement pour  son dernier parcours. La foi éclaire son visage. Quelques pas seulement le séparent désormais du bûcher. Il relève la tête et regarde tranquillement la foule devant lui. Son expression est plutôt celle d'un vainqueur que celle d'un condamné à mort.
Soudain, il y a un silence de mort. Un petit groupe est arrivé sur le balcon face au bûcher. L'un de ces hommes est le plus redouté de tous : l'homme à qui la Franche-Comté doit la misère de ces dernières années. Des centaines de gens répètent les mêmes mots à ce moment :

"Le Masque noir !" Il prend une attitude impassible, ne se souciant pas de l'homme  qui se tient à ses côtés, le comte de Guébriant.
Les clameurs qui montent maintenant de la populace ne le touchent pas. Il est venu s'amuser et surtout, voir mourir l'homme qui connaît son secret.
Pierre Prost aperçoit cette figure familière juste avant de monter au bûcher. Il a un sourire méprisant et lui crie : "Prends garde de triompher trop vite. Le secret de la nuit du 17 janvier 1620 ne mourra pas avec moi ! " Mais ses paroles se perdent dans la clameur et les cris du peuple et ils n'atteignent pas celui à qui ils sont destinés.

 

 

 

 

 

 


 

Les montagnards interviennent

nr 75

 

75. Au milieu du bûcher il y a un poteau avec un collier de fer. Les exécuteurs ont mis ce collier autour du cou de Pierre Prost.
"Ils n'ont pas pu ! ", murmure-t-il en jetant un long coup d'œil sur la place où se tiennent tant de connaissances. Un des exécuteurs se tourne vers le balcon, attendant un ordre. Le comte de Guébriant échange quelques mots avec le Masque noir puis fait le geste convenu.
Les deux exécuteurs soulèvent leurs torches solennellement puis les jettent  entre les fagots de bois qui forment le bûcher. Pierre Prost a déjà perdu tout espoir. Ses yeux ne sont plus concentrés sur les gens mais sur le ciel.

Un silence mortel règne sur la place et on n'entend que le seul crépitement des flammes qui se rapprochent déjà du condamné. Les visages atterrés regardent le bûcher et soudain, un cri s'élève de la foule.
Seuls les Suédois qui ont formé un cercle autour du bûcher restent impassibles.
Soudain, un grondement retentit. Un violent mouvement s'opère parmi les premiers rangs de spectateurs. Chaque soldat suédois se retrouve soudain avec un montagnard placé derrière lui, qui lui appuie un poignard sur la gorge. Cela se passe en quelques secondes seulement et quelques instants après, les montagnards sont maîtres de la place.

 

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La colère du Masque noir

nr 76

 

76. Trois hommes prennent d'assaut le bûcher, éteignant les torches en feu avec leurs pieds. La foule reconnaît immédiatement le colonel Varroz, le curé Marquis et le capitaine Lacuzon, et les acclamations redoublent. Lacuzon détache le carcan de fer qui enserrait le cou de Pierre Prost et coupe les cordes qui attachaient ses mains. Les Suédois qui sentent la pointe d'un poignard sur leur gorge n'osent pas bouger.
Quelques instants plus tard, Pierre Prost, désormais libre, peut serrer les mains  de ses sauveteurs. Le capitaine Lacuzon se tourne vers le balcon où se tiennent le Masque noir et son entourage.

Il s'adresse au comte de Guébriant: "Vous voyez bien que nous sommes les plus forts  et que vos soldats ne doivent pas résister. Donnez-leur l'ordre de déposer leurs armes. Je vous donne ma parole de soldat qu'ils ne leur sera fait aucun mal !"
Le comte est un lâche. Il n'ose pas prendre cette décision et regarde timidement son compagnon: le Masque noir. Celui-ci regarde la foule, le visage plein de colère. Il voit bien que ses soldats vont perdre le combat mais avant de les abandonner ici, il commande: "Feu !'

 

 

 

 


 

Ses derniers mots

nr 77

 

77. Les soldats suédois savent cependant qu'ils vont perdre la bataille. Ils sentent les poignards pointés sur leur gorge. Malgré le commandement du  Masque noir, ils laissent tous tomber leur mousquet à terre. Lacuzon se consacre maintenant entièrement à son oncle. Il essaie de se frayer un chemin à travers la foule en liesse. Marquis et Varroz marchent à côté de lui. Sur le balcon, deux hommes regardent ce qui leur arrive. Sur le visage de Guébriant, outre la colère, se lit aussi la peur : les montagnards pourraient bien se révolter. Sur le visage de l'autre, seules la haine et la

vengeance se lisent. Sans que personne ne s'en aperçoive, il prend un pistolet à sa ceinture. Il est très calme.
Soudain, un coup de feu retentit. Le capitaine regarde en arrière. Pierre Prost s'échappe de ses bras et tombe sur le sol. Le sang coule de sa poitrine: la balle du Masque noir l'a tué. La main de Pierre Prost se lève  vers le balcon et ses derniers mots sont: "C'est lui, lui .... Le Masque noir ..." Lacuzon regarde l'endroit désigné par Pierre Prost. Le gentilhomme   inconnu remet lentement à la ceinture, le pistolet encore fumant qu'il vient d'utiliser.

 

 

 

 


 

078 Magui l'alliée

nr 78

 

78. Raoul de Champ d'Hivers ne sait rien de ce qui se passe sur la place Louis XI. Quelques instants, avant que le Masque noir n'ait tiré son coup de pistolet, il parle à la "vieille sorcière".
"Pourquoi vous appellent-ils : la sorcière ?" Demande-t-il.
"Parce que je suis pauvre, seule et triste; cela semble être suffisant pour me faire sortir de la communauté des humains. Alors la vieille dame regarde brusquement Raoul et pendant un moment elle devient pâle.
"Que trouvez-vous d'étrange chez moi ?" Demande Raoul avec hésitation.
"Non rien, Messire ... rien ... j'ai vu une ressemblance ... non, c'est de la folie !"
"Est-ce que mon visage vous rappelle quelqu'un ?"
"Oui, je le pensais d'abord, mais celui dont je me souviens est mort et sa race est éteinte", et sans donner à Raoul l'occasion de lui répondre, elle lui demande: "Messire, à quel parti appartenez-vous?"

Je suis pour les Franc-Comtois, mais pourquoi demandez-vous cela ?"
"Parce que je n'avais que des ennemis jusqu'à aujourd'hui. Vous êtes la seule personne depuis des années qui m'ait donnée une preuve d'intérêt. Je suis du côté du parti qui est le vôtre, Messire."
"Ne souriez pas ! La vieille Magui, Magui la sorcière, comme ils disent  ici, peut s'avérer être une alliée plus utile que vous ne le croyez maintenant ! "Et après quelques secondes, "J'aimerais connaître votre nom, Messire pour ne plus jamais l'oublier." "Je m'appelle Raoul", répond le jeune homme, en voyant la vieille femme s'éloigner plus rapidement que son âge et son état semblaient lui permettre réellement.
Au moment où Raoul allait entrer dans la maison d'Églantine, il entend un coup de feu. Il tressaille. C'était le coup de pistolet tiré par le Masque noir.

 

 

 

 


 

La bataille de St-Claude

nr 79

 

79. Sur la place Louis XI, la situation est précaire, c'est le moins que l'on puisse dire. Pierre Prost est mort.
D'une voix tremblante d'émotion et de colère contenue, Lacuzon crie : "Trahison ! A moi, Francs-Comtois ! Lacuzon ! Lacuzon, vengeance !"
Suivi par un groupe de montagnards et répétant son cri de guerre, il se précipite vers la porte du monastère et va vers l'escalier. Lacuzon s'élance dans l'escalier qui mène au balcon où se tenait, il y a quelques minutes, le Masque noir. Deux cents Suédois tombèrent en même temps sous le couteau des montagnards. Les pelotons fournis par Lespinassou utilisent leurs mousquets et leurs pistolets à ce moment-là.
Après quelques instants, la place est devenue un champ de bataille rouge de sang. C'est une lutte au corps à corps mais la présence de la trinité, donne un courage indomptable aux montagnards.

Le curé Marquis, qui veille le corps de Pierre Prost, est protégé par une barrière infranchissable de montagnards. Le colonel Varroz se bat  avec héroïsme.
Les gens du peuple qui eux, n'avaient pas d'armes, ont fui, soit pour se protéger, soit pour se procurer des armes.
Quelques secondes plus tard, Lacuzon apparaît avec ses hommes sur le seuil de la porte; un coup de sifflet perçant retentit. Les montagnards abandonnent immédiatement leur lutte et rejoignent Lacuzon.
"Eh bien" lui demande Varroz, "Où est Le Masque noir ?"
"Il s'est enfui, le lâche ! Et il a verrouillé toutes les portes derrière lui. Mais je vais le retrouverai, je le jure et alors ... "
Mais Lacuzon n'acheva pas sa phrase.
Un de ses hommes crie : "Capitaine, les Suédois et les Gris arrivent!"

 

 

 

 


 

Raoul

nr 80 n

 

80. Raoul oublie subitement tout après avoir entendu le coup de feu : sa promesse, la mission qu'il a reçue et même Églantine ! Il sait que ses amis sont en danger et qu'il n'est pas présent avec eux pour les aider. Il se précipite sur la place Louis XI, mais se perd dans les innombrables ruelles. Il croise en permanence des fuyards qui courent à toute vitesse en sens inverse mais personne ne veut s'arrêter pour répondre à ses questions. Il est complètement égaré.
Les maisons se ressemblent toutes et rien ne peut lui indiquer le bon  chemin. Raoul parcourt les rues et essaie de se rappeler de quelle direction venait le tir.

Quand il a déjà abandonné l'espoir de retrouver ses amis, il se retrouve enfin dans une rue menant à la place Louis XI.
Il voit une grande place devant lui, sur laquelle des centaines de personnes se battent. Il entend hurler: "Mort à Lacuzon"! Vive la Suède et la France !"
D'autres voix répondaient : "À mort Lespinassou ! Saint-Claude et Lacuzon ! "
C'est précisément à ce moment que Lespinassou, bénéficiant de la confusion générale, revient avec de nouvelles troupes.

 

 

 

 


 

Le regroupement de Lespinassou et de ses hommes

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 81. Lespinassou avait profité du premier moment de confusion dans la bataille pour aller chercher de nouvelles troupes. Ses troupes, cependant, sont accueillies par des coups de feu.
"Bataille ! Bataille ! Mes enfants !" Appelle Lacuzon. "J'ai promis à mon oncle de venger sa mort."
Les hommes de Lacuzon restent immobiles un moment, étourdis par la résistance inattendue. Les hommes de Lespinassou se regroupent et reprennent lentement le terrain perdu.
Au lieu de donner le signal d'une seconde décharge, Lacuzon pousse un cri furieux et il bondit en avant. Il vient de voir Lespinassou qui a tiré son épée. Il bondit au devant du capitaine des troupes ennemies.

Les Suédois d'une part et les Gris d'autre part se préparent maintenant à aider leurs chefs.
Lacuzon est tellement empli de colère que les hommes de Lespinassou hésitent.
Comme si un ordre avait été donné, les deux troupes s'arrêtent d'un commun accord pour assister en simples spectateurs au spectacle du combat au corps à corps qui va s'engager immédiatement.
À cette époque, un tel combat singulier entre 2 chefs ennemis, n'était pas rare. Cependant, Lespinassou est beaucoup plus lourdement armé que Lacuzon. Il a sa gigantesque rapière, un poignard et deux pistolets. Lacuzon n'a que son épée.

 

 

 

 

 


 

Le combat entre Lacuzon et Lespinassou

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82. Une terrible bataille s'engage. Il est certain que l'un des deux chefs  devra mourir dans ce combat. Les Gris et les montagnards regardent, anxieux et démoralisés. Les Suédois cependant, y voient plutôt un spectacle fascinant.
Lacuzon est plein de rage : "Misérable, bandit, pillard ! Vas-tu fuir encore comme tu fuyais déjà la nuit passée à Longchaumois ?"
"Si je fuis, tu le verras bien mais tu ne pourras le répéter à

personne !", lui répond Lespinassou.
Le géant accompagne ses paroles d'un terrible coup d'épée.

Lacuzon, cependant, est agile et ses membres durs comme l'acier et il sait comment parer le coup. Avant que Lespinassou ne puisse à nouveau lever son épée, le capitaine fait un rapide écart. Avant que l'épée de Lespinassou ne soit descendue, Lacuzon a utilisé cette seconde pour frapper son adversaire au bras.
Le sang coule maintenant d'une entaille dans la manche de Lespinassou.
Lacuzon le voit. "Dans quelques minutes, ton pourpoint tout entier et tes hauts-de-chausses seront rouges !" dit Lacuzon. "Ils deviendront encore plus écarlate que la robe du curé Marquis !"
"Fais-le donc !" S'écria Lespinassou en grinçant des dents, "Fais le donc !"

 

 

 

 


 

Lacuzon va-t-il perdre le combat ?

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83. Lespinassou est plus fatigué que Lacuzon. Les Suédois et les Gris le regardent avec inquiétude. Sa poitrine est haletante et le sang lui monte au  visage. Lacuzon comprend que le moment où il peut prendre définitivement le dessus sur le méchant, est proche. Il veut profiter du moment où  Lespinassou trop fatigué, relève son épée plus lentement pour en finir avec lui. Mais il fait une erreur en sous-estimant la force de l'épée de son adversaire. Lespinassou brise l'épée de Lacuzon en deux, Les Suédois et les Gris poussent un cri triomphal.
Les partisans de Lacuzon hésitent : interviendront-ils dans cette bataille désormais inégale? Cependant, le capitaine lui-même redresse la situation. Il se jette sur Lespinassou, le saisit par la taille et tente de le renverser.

Lespinassou laisse tomber l'épée de ses mains à cause de cette  attaque inattendue. Il comprend maintenant, cependant, qu'il ne peut gagner cette bataille pour sa survie que par la force brute. Et sa  force  est énorme !
Le chef des Gris peut facilement résister aux attaques de Lacuzon. Il essaie de le renverser, mais il ne chancelle même pas. Lespinassou a maintenant l'occasion de montrer sa puissance bestiale. Il presse Lacuzon contre lui de toutes ses forces et quand il voit que cette méthode ne produit pas le résultat désiré, il tente de l'étrangler. Lacuzon ressent toute la force de son adversaire et réalise qu'il va perdre le combat.

 

 

 

 


 

Est-ce que Lespinassou gagnerara ?

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84. Lacuzon, qui sent qu'il ne résistera plus très longtemps à son puissant adversaire, rassemble ses dernières forces et avec ses muscles tendus à l'extrême, il parvient à s'éloigner de Lespinassou. Le combat, cependant, est loin d'être gagné, chacun pouvait reprendre le dessus sur l'autre à tout moment et il semble que les deux combattants ne veulent rien lâcher. Puis Lespinassou parvient à échapper de l'emprise de Lacuzon.
Lacuzon est presque hors de portée et les montagnards ont du mal à voir si leur capitaine a été vaincu par Lespinassou. Le colonel Varroz essaie d'intervenir. Il s'élance en avant mais les  Suédois devinent son intention. Ils  s'élancent à leur tour pour défendre Lespinassou et tuer Lacuzon.

 

Varroz dix fois repoussé déjà, continue le combat et pousse le cri de guerre des partisans : "Lacuzon ! Lacuzon !"
Les montagnards prennent le relais. Les Suédois, cependant, s'assurent que personne ne peut venir en aide aux deux combattants.
Lespinassou voit que son adversaire n'a plus de force. Cependant, il aperçoit Varroz avec son épée à la main, tout près de lui et il sait qu'il pourra arriver sur place en très peu de temps. Il veut tuer son adversaire avant de mourir lui-même.
Le poignard déjà levé de Lespinassou allait frapper Lacuzon dans sa gorge.

 


 

Raoul intervient

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85. Mais au moment où le poignard du géant Lespinassou allait retomber dans la gorge du capitaine, un nouveau venu fit son apparition sur la place Louis XI. Il taillait son chemin à coups d'épée à travers les rangs Suédois.
"Lacuzon, Lacuzon ! ", cria-t-il. Puis il bondit jusqu'à Lespinassou. Il plonge son épée jusqu'à la garde entre les épaules de Lespinassou, qui s'écroule à terre et éructe ses derniers mots. Pour la deuxième fois Raoul de Champ d'Hivers a sauvé la vie de Lacuzon.

"Merci, frère !" lui dit-il simplement en se relevant d'un seul bond.
Commence alors une courte bataille avec les Suédois qui veulent venger la mort de leur chef. Mais ce combat est vite décisif. Les Suédois jettent leurs armes et recherchent leur salut dans la fuite.
Les montagnards se lancent à leur poursuite. Lacuzon se bat à nouveau au premier rang. ""En avant ! En avant ! Tue ! Tue !"

 

 

 

 


 

La fête

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86. Il ne restait sur la place Louis XI que quelques personnes: le curé Marquis et quatre hommes, à qui il donne l'ordre de transporter le corps de Pierre Prost dans la cathédrale.
"Et ensuite, rejoignez le capitaine", dit-il à deux des hommes, "et dites que si je ne les vois pas ce soir à la maison de la Grand'rue, je les retrouverai demain au trou des Gangônes."
Un certain nombre d'habitants de Saint-Claude qui s'étaient enfuis dans toutes les directions après le coup de pistolet du Masque noir sont maintenant retournés sur la place.

Les gens constatent à leur plus grande joie la direction prise par les événements. Ils trouvent parmi les monceaux de cadavres jonchant le sol, le corps du hideux Lespinassou et le ramassent.
À grands renforts de bras, les habitants traînent le corps de Lespinassou au bûcher qui avait été destiné à Pierre Prost. Ils l'enchaînent au poteau tout comme l'avait été Pierre Prost, il y a quelques minutes de cela, puis ils jettent  une torche enflammée dans les fagots de bois. C'est la fin d'un des plus infâmes soudards, le plus brutal et le plus dangereux pour Saint-Claude. Ils dansent tous joyeusement en faisant la ronde autour du bûcher.

 

 

 

 


 

Saint Claude brûle

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87. Après la victoire sur la place Louis XI, les montagnards se lancent à la poursuite des Suédois sous les ordres de Lacuzon et de Varroz. Les Suédois en fuite détalent pour sauver leur vie, tout en jetant leurs armes qui les gênent car devenues inutiles. Les hommes qui ont semé la terreur pendant des années à Saint-Claude fuient maintenant devant les habitants de ce village.
Puis soudainement un autre son se mêle au combat. Le tocsin résonne ! Depuis  les remparts qui entourent la vieille ville, le guetteur sonne l'alerte au feu. Dans le même temps, des colonnes de fumée noire et épaisse s'élèvent aux quatre coins de la ville. La fumée forme comme une deuxième muraille autour de la ville.

La panique surgit :
"Au feu ! Au feu !", Crie-t-on de partout.
C'est le dernier et terrible souvenir que laissent derrière eux, les Suédois en fuite.
Il n'y a que très peu d'eau dans la ville. Les rues sont étroites et les maisons construites en bois. On ne peut pratiquement rien faire pour combattre le feu. Les hommes impuissants regardent. Il devient presque impossible de passer parce que le feu se propage partout dans la ville.
Les habitants sortent de chez eux, les femmes crient, personne ne sait où fuir.
Les Suédois se sont bien vengés : Saint-Claude brûlera jusqu'à la dernière maison !

 

 

 

 


 

Églantine a-t-elle été tuée ?

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88. Lacuzon et Varroz ne doivent pas montrer leur découragement et leur désespoir devant l'horrible spectacle qu'offre la ville en feu, car même maintenant, les gens vont compter sur eux.
Un montagnard avec des vêtements en partie brûlés vient à eux. «Capitaine, dit-il, le feu est partout ! On ne peut plus passer par les rues de la basse ville ! La maison de Pied-de-Fer flambe comme

 une torche !"
Lacuzon et Raoul se regardent.
"
Églantine ! Où est Églantine ? Ils ont tué Églantine !" S'écrie Lacuzon.
"Nous la sauverons !", dit Raoul. Lacuzon se précipite dans la direction de la maison située rue de la Poyat.
Lacuzon arrive là-bas et quelques hommes le rejoignent.

Le même drame se déroule partout autour d'eux. Presque toutes les maisons sont en feu : dans quelques minutes la ville ne sera plus qu'un champ de ruines. Les habitants courent partout, affolés et sans but précis parce que nulle part, ils ne peuvent se protéger du feu.
Lorsque Lacuzon et Raoul arrivent à la maison de Pied-de-Fer, elle est en  flammes. Les flammes jaillissent des fenêtres et leurs encadrements  brûlent. Lacuzon essaie de pousser la porte, mais elle ne s'ouvre pas. Raoul pousse un cri d'horreur: la porte est clouée du dehors ! C'était sans aucun doute l'œuvre des Gris qui, après le départ de Raoul, avaient conçu ce plan infâme. À coups d'épaules, Raoul et Lacuzon poussent de toutes leurs forces contre la porte

 

 

 

 


 

Va-t-on sauver Églantine ?

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89. Soudain, la porte s'ouvre. Une chaleur horrible les suffoque et l'éclat des flammes les éblouit.
" Églantine ! Églantine!"Crie Lacuzon désespérément.
Une voix qui semble sortir des profondeurs de la terre répond: "Je suis là, Jean-Claude, me voici ! Je suis vivante ! Sauve-moi ! "
Lacuzon pense d'abord que c'est son esprit confus qui lui fait entendre cette voix. Mais il se rend compte qu'Églantine a fait la chose la plus sage qui restait à faire : elle s'est réfugiée dans la cave ! Il veut l'aider, mais comment ? Il semble qu'il n'existe aucun moyen d'aider la jeune fille. Mais ensuite il a une idée.

 

Au moment où les hommes sont obligés d'arrêter Raoul, qui veut s'élancer vers la cave et mourir avec Églantine, il court à la fontaine, avec son large manteau sur son bras.
Il trempe son manteau jusqu'à ce qu'il soit complètement saturé d'eau. C'est la seule chance de sauver Eglantine s'il n'est pas trop tard.
Pour la deuxième fois, les hommes entendent la voix d'Églantine, mais elle  devient plus faible et plus lointaine : "Jean-Claude, Jean-Claude. Je meurs, j'étouffe !"
Raoul, qui n'a pas vu ce qu'est en train de faire Lacuzon, essaie de se libérer et d'aider Églantine.

 

 

 

 


 

Étouffée par la fumée

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90. Lacuzon s'enveloppe dans le manteau d'où l'eau ruisselle. Il protège sa tête aussi bien que possible. Il prend sous son bras un second manteau qu'il a également trempé dans la fontaine, Il se précipite vers la maison. Maintenant on n'entend plus que le ronflement du brasier et la chute des morceaux de bois. La voix d'Églantine reste silencieuse.
Anxieusement, le capitaine entre dans la maison: "Pourvu qu'il ne soit pas trop tard !"
Quand Lacuzon pénètre dans la maison, il est aveuglé un

instant par les flammes et il est tellement gêné par la fumée qu'il ne peut pas retrouver tout de suite, l'escalier qui mène à la cave. Derrière lui, il entend la voix de Raoul lui indiquer la direction. Puis il soulève la trappe de la cave, en haut des escaliers.
Il descend les escaliers et appelle le nom d'Églantine. Cependant, il n'y a aucune réponse. Suffoquée par la fumée et complètement épuisée par la frayeur, Églantine est tombée à la renverse sur le sol fumant. Elle est évanouie. Lacuzon la voit et craint le pire.

 

 

 

 


 

Juste à temps !

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91. Sans perdre un instant, Lacuzon roule Églantine dans le manteau humide. Il la prend dans ses bras et la porte sur les marches de la cave. Puis il se lance à nouveau dans la fournaise dans laquelle la maison est plongée. Tout autour de lui, les flammes et le feu sifflent autour des manteaux mouillés. L'eau des manteaux va bientôt s'évaporer à cette température. Lacuzon doit quitter la maison le plus vite possible !
Au moment où il franchissait le seuil, il voit Raoul (qui avait réussi à se dégager) qui se précipite et les prend tout les deux dans ses bras.

Dans un fracas de tonnerre, la charpente et les murs s'écroulent  une seconde après, juste dans le dos de Lacuzon.
À une minute près, Églantine  aurait été enterrée vivante dans la cave.
La jeune fille a l'air très pâle, mais pas un seul de ses cheveux n'a été

brûlé ! Elle respire doucement. Raoul et Lacuzon regardent son visage pâle avec émotion. Raoul doit aller à la fontaine, chercher de l'eau pour Églantine mais juste au moment où il part, un partisan Comtois arrive en courant. Il a l'air horrifié.

 

 

 

 


 

Le combat pour Églantine

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92. L'homme toujours aussi haletant devant Lacuzon, s'écrie: "Capitaine ! Les Suédois et les Gris se sont de nouveau ralliés ! Ils marchent sur  la ville ! Le colonel Varroz vous attend !"
Lacuzon se tourne vers Raoul : "Cette fois, vous ne pouvez pas nous suivre ! Prenez Églantine avec vous et traversez la Bienne à gué. Puis attendez-moi, cachés dans les fourrés épais que vous trouverez derrière ce gigantesque sapin qu'on aperçoit au loin !"
Après avoir serré une dernière fois la main de Raoul, Lacuzon disparaît avec ses montagnards derrière un tournant du chemin. Raoul n'a plus qu'une pensée: s'éloigner de cette ville maudite.

Portant sa fiancée, il commence à marcher dans la direction que lui a indiquée Lacuzon. Il voit déjà la Bienne en face de lui, avec derrière, la forêt qui lui offrira une cachette sûre, jusqu'à ce que ses amis reviennent. Raoul voit devant lui, une cabane isolée. Elle a l'air déserte et n'avait pas été brûlée. Apparemment, les Suédois avaient jugé qu'elles ne valaient même pas la torche pour l'allumer ! Mais soudain, la porte de la hutte s'ouvre et deux hommes en sortent. Ils se campent au milieu du chemin et barrent le passage à Raoul. Raoul reconnaît à l'instant même ces deux hommes: ce sont les compagnons du Gris qu'il a tué, une heure auparavant.

 


 

Raoul pourra-t-il résister ?

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93. Les deux Gris se rapprochent. Raoul porte toujours son précieux fardeau. Églantine n'avait pas encore repris connaissance et les bandits ne peuvent pas voir son visage.
"Ah ! Ah !" S'exclame l'un des hommes. "Vous voilà donc, beau gentilhomme ? Vous, le défenseur des sorcières !"
Raoul prend Églantine dans son bras gauche et la couvre du manteau de Lacuzon. De la main droite, il tire son épée: "Faites-moi place !" Dit-il froidement et fermement à l'homme qui a lui parlé.

"En vérité, mon noble seigneur? Et si nous ne voulons pas ? " "Tant pis pour vous. Dans ce cas, recommandez votre âme à Dieu car vous allez mourir !"
"Venez-y donc, joli muguet !" dit rudement, l'autre. "Allons, Limassou ! Au travail ! "
Un des Gris s'avance maintenant sur Raoul, l'épée à la main. Le jeune homme pare adroitement l'attaque malgré son lourd fardeau. Malheureusement, Raoul ne regarde que l'homme contre lequel il se bat.
Il ne remarque pas l'autre qui s'est placé derrière lui. Ce sera très difficile pour Raoul de combattre deux hommes avec Églantine sur son bras ...

 

 

 

 


 

Le coup

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94. Raoul parvient à repousser ses adversaires pendant plusieurs minutes. Il ne peut pas utiliser toute sa force parce qu'il porte Églantine, toujours inconsciente sur son bras gauche. Raoul, cependant, complètement pris dans le combat, ne remarque pas que le deuxième Gris, juste derrière lui, lève son épée pour lui donner un coup terrible.
Raoul, qui sent qu'il va perdre cette bataille très inégale, essaie de mieux soutenir Églantine. L'autre voit ce mouvement. Un mauvais sourire tord son visage. Il se sent fier, car il pourra dire plus tard qu'il a vaincu ce jeune homme fort. Bien sûr, il ne dira rien des circonstances dans lesquelles cela s'est passé ... Puis il voit comment son compagnon, le maléfique Limassou, assène son terrible coup d'épée sur la tête de Raoul.

"Je pense que le coup était bien frappé!", S'exclame-t-il.
"Qu'en dis-tu, Francatripa ?"
"Pas mal, pas mal ! Le Cuanais (*) a son compte. Le crois-tu

mort ? "
"Pardieu ! Tu peux être rassuré!"
"La femme n'a pas bougé et elle n'a pas dit un mot", dit Limassou en se penchant sur Églantine. Il soulève le manteau qui dissimule le visage de la jeune fille. Puis ils poussent un cri d'étonnement.
"Mais c'est la cousine de Lacuzon, la nièce du curé Marquis !"
"La cousine d'un ennemi, bravo !"
"C'est une belle fille !", dit l'autre. "Il s'agit maintenant de savoir, à qui de nous deux, elle appartiendra !"

 

 

 

(*) Cuanais : abréviation du mot Séquanais, ce surnom était donné aux partisans Franc-Comtois à cette époque. Les Séquanes, Séquanais ou Séquaniens, en latin Sequani étaient un peuple gaulois établi à l'est de la Gaule, sur le versant ouest du Jura. Sequana est le nom latin de La Seine.


 

 

 

 

 

 

Un combat à mort

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95. Jusqu'à présent, les deux hommes étaient d'accord: il est bon qu'ils aient ôté de leur chemin, ce jeune coq prétentieux et il vaut mieux qu'ils détiennent maintenant la cousine de leur ennemi comme otage. Mais maintenant survient une grande difficulté : à qui appartient-elle, cette cousine ? L'un dit qu'il en est le propriétaire légitime, parce que c'est lui qui a osé attaquer en premier le jeune homme. Limassou est quant à lui  convaincu du contraire: c'est lui qui a donné la victoire finale !
Il est facile pour les méchants de ce genre, de se battre entre eux.

Si tu refuses de me la donner, je vais la prendre !" Crie Limassou en tirant son épée.

"Quand tu voudras !" défie l'autre.
Et un peu plus tard, les deux ex amis se sont jetés dans une lutte à mort. La bataille peut prendre beaucoup de temps, car les hommes sont presque aussi forts l'un que l'autre.
Après quelques minutes, cependant, Limassou laisse tomber son épée. Il rit. Francatripa le regarde, l'air étonné : "Qu'as-tu donc à rire comme

ça ? "Je ris parce que nous sommes vraiment trop bêtes ! Nous allions nous entretuer alors qu'il est beaucoup plus facile de nous asseoir dans la cabane et de jouer aux dés là-bas."
"Je pense que c'est une bonne idée", dit Francatripa.
"Eh bien, allons à la cabane."

 

 

 

 


 

Qui va gagner Églantine au jeu ?

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96. Un des hommes prend Églantine dans ses bras et la porte à la hutte. Ils sont fermement convaincus que Raoul est mort et ils le laissent tranquille, étendu sur la route. Ils entrent dans la cabane, dont l'unique pièce abrite quelques meubles : une table en bois, deux tabourets et un vieux lit. La jeune fille est toujours sans connaissance et elle n'a aucune idée du grand danger qu'elle court.
Églantine est allongée sur le lit et les deux hommes s'assoient autour de la table. "Comment jouons-nous ?", Demande Francatripa en prenant deux dés dans sa poche.
"Celui qui obtient le plus de points en cinq coups si tu veux bien." Limassou commence. "Cinq et quatre. Maintenant à toi !

"Quatre et quatre. À ton tour !"
Après le deuxième lancer, Limassou a déjà beaucoup plus de points que son compagnon. Au cinquième et dernier lancer, Limassou a une grosse avance sur Francatripa. Il a gagné.
"Gagné ! À moi la fille !", dit-il triomphalement.
" À toi la mort !" Crie soudain furieusement Francatripa, en lui brûlant la cervelle d'un coup de pistolet. Limassou tombe raide mort dans la cabane.
"Ah ! Triple niais ! Sot animal !"

"Tu voulais faire du mal à cette fille, la cousine de Lacuzon, alors que nous pouvons gagner une fortune en prenant bien soin d'elle et en la livrant au Masque noir !"

 

 

 

 

 


 

Raoul obtient de l'aide

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97. Avant de quitter la cabane, Francatripa fouille les poches de Limassou. Il trouve des pièces de monnaie et les range soigneusement dans sa propre bourse.
"L'argent, c'est tout ce dont on a besoin", il rit intérieurement. "Quand on a de l'argent, on ne manque jamais ni de belles filles ni de bon vin."
Un instant après, Francatripa prend Églantine dans ses bras.

Il la charge sur ses épaules et se met en chemin, laissant l'autre homme étendu sur le chemin sans l'ombre d'un regard. Il continue avec sa lourde charge qu'il veut échanger aussi vite que possible contre des pièces d'or.
Une fois que le Gris a disparu à la vue, une vieille femme émerge des buissons. Elle s'agenouille devant le corps de Raoul.
Cette femme n'est autre que Magui, la sorcière qui l'avait suivie de loin mais n'avait pu intervenir.

 

 

 

 


 

Qu'est-il arrivé à Églantine ?

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98. Raoul entrouvre les yeux sous la sensation d'un froid glacial. Il voit le visage inquiet d'une vieille femme qui se penche sur lui. C'est la vieille Magui qui peut maintenant rendre à Raoul le service qu'il lui avait rendue. Elle baigne ses tempes avec de l'eau glacée et lave sa blessure qui est d'ailleurs moins profonde  que ce à quoi l'on aurait pu s'attendre.
Certes, le coup de Limassou a été violent, mais par une heureuse coïncidence, la main de Limassou a légèrement tourné dans sa main, assénant le coup du plat de l'épée au lieu du côté pointu. Au début, Raoul ne se souvient de rien, mais son souvenir revient petit à petit et un terrible souvenir lui revient : "Je me souviens !...Je me souviens !... Mon Dieu ! Mon Dieu !" Murmure-t-il.

"Lacuzon et, oh ... Qu'est-il arrivé à Églantine ?"
Quand Raoul apprend par Magui que Francatripa a emmené la jeune fille avec lui, il est désespéré.
"Je vous assure, Messire, dit Magui, que cet homme ne fera aucun mal à Églantine. Il ne la considère pas comme une femme mais comme un otage qu'il s'apprête à vendre chèrement au plus redoutable ennemi de la Franche-Comté. "
"Et cet ennemi, c'est qui ?"
"Le Masque noir !"
"Le Masque noir !", répète sombrement Raoul. "Vous connaissez l'homme qui se cache sous ce masque noir ?" Demande-t-il.
"Je le sais," Répond-t-elle simplement.

 

 

 

 


 

 

Raoul et Magui en chemin vers le trou des Gangônes

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99. Raoul ressent que Magui en sait bien plus qu'elle ne veut en dire sur l'homme mystérieux qui se cache derrière un masque noir.
Mais elle semble déterminée à ne pas en dire un mot.
"Si vous connaissez le nom et la cachette du Masque noir, pourquoi ne me le dites-vous pas ?" Demande Raoul.
"Je vous le dirai…, mais pas à vous seul."
"Pourquoi ?"
"Parce qu'il existe un homme que ces secrets intéressent tout autant que vous."
"Et cet homme ...?"
"C'est votre ami, le capitaine Lacuzon."
"Vous avez raison," répond Raoul. "Lacuzon doit tout savoir dès que possible. Nous devons y aller maintenant, car il m'attendra sans doute au rendez-vous convenu."

"Quand l'avez-vous rencontré ?"

"Quand nous nous sommes séparés, il y a tout au plus une heure !"
Raoul ne réalise cependant pas du tout, le laps de temps qui s'est écoulé depuis. Il fait déjà nuit depuis longtemps et Raoul sent maintenant que son estomac est complètement vide. Ils s'assoient sous une cavité près de la route. Magui a du pain et de l'eau sur elle et Raoul peut satisfaire sa faim au moins pour quelques temps.
Quand il se sent un peu plus fort, les deux se rendent maintenant au trou des Gangônes. Il y a là, une grotte, connue seulement des montagnards. C'est donc l'endroit où Lacuzon et ses amis se retrouvent toujours. En marchant le long des rives de la Bienne, Magui s'interroge sur le déroulement des derniers événements. Les Suédois ont été définitivement chassés de Saint-Claude et, pour le moment, Lacuzon et ses hommes poursuivent les soldats suédois en direction de Longchaumois.

 

 

 

 


 

100 Le village de Saint Laurent

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100. La route menant à la grotte est très longue. Pendant qu'ils marchent, Magui commence à parler de la famille de Champ d'Hivers. "Vous semblez parler avec émotion et attachement de cette famille", dit Raoul. " C'est cependant, une famille éteinte et je crois que son nom a été à peu près oublié dans cette région."
"Oublié !" répète vivement Magui, oublié !... "Ce nom restera toujours vivant et vénéré y compris pour les générations futures. Pendant des siècles, les Champ d'Hivers n'ont fait que du bien dans la province. Raoul sent son cœur battre plus vite, et il est sur le point de révéler son identité. Quand ils sont arrivés assez loin, Magui s'arrête pour pouvoir écouter s'il y a des bruits derrière eux. "Nous n'avons plus rien à craindre des Gris. Je vois que vous êtes  très fatigué et que je connais un endroit où vous pourrez vous  reposer’’.

Mais Raoul est pressé : il veut rejoindre Lacuzon dès que possible.
"Sommes-nous encore loin du trou des Gangônes ?" Demande-t-il.
"Oui. Et le chemin sera encore plus difficile,…et plus effrayant !". Raoul fait preuve de courage, mais il souffre encore du coup que lui a donné le Gris et ses forces sont épuisées. De plus, il a faim. Il n'a rien mangé depuis vingt-quatre heures, sauf le pauvre morceau de pain que lui a donné Magui. Raoul n'a plus d'argent parce que les Gris l'ont soigneusement dépouillé. Il n'y a qu'une solution: Magui quitte Raoul pour une courte période et se rend au village de Saint-Laurent, qui est juste en face d'eux pour demander l'aumône.

 

 

 

 


 

 

 

Enfin quelque chose à manger

 

101. D'un pas rapide, Magui, la prétendue "sorcière", se rend au village de Saint-Laurent. De temps en temps, elle se retourne pour voir si Raoul ne la suit pas pour la rejoindre malgré la promesse qu'il lui a faite. Elle ne veut pas que les paysans voient le jeune homme en compagnie d'une mendiante. Raoul voit la vieille femme s'éloigner rapidement et il se sent ému par le dévouement et l'amour qu'elle lui montre. Il pense à la suivre mais s'interdisant de vouloir l'humilier, il se souvient de sa promesse et décide de rester là où il est.

Magui est aimablement reçue dans le village et il ne lui faut pas longtemps pour récolter assez de nourriture pour elle et son compagnon. Les Franc-comtois ont été bons pour nous !"
Quand Magui revient auprès de Raoul, elle ouvre son sac. "Regardez !", dit-elle, "il y a encore beaucoup de bonnes âmes dans nos montagnes !". Elle montre la grosse miche de pain, le morceau de lard fumé et elle a même un bon morceau de fromage ! Raoul et Magui, mourant de faim, se mettent à manger ou plutôt à dévorer.

 

 


 

Au bord du lac de Bonlieu

 

102. Raoul et Magui sont de retour.
"J'espère que nous serons au trou des Gangônes (*) avant midi",  explique Magui.
Bientôt, ils arrivent dans une forêt. Le terrain devient de plus en plus montagneux et même si les circonstances ne s'y prêtent pas immédiatement, Raoul ne peut manquer d'admirer le paysage qui l'entoure. Avec chaque pas parcouru, le paysage devient plus impressionnant et plus sauvage. Une ceinture de rochers gris entoure  maintenant les deux marcheurs. Certains sont nus, d'autres sont couronnés par le beau vert d'innombrables sapins.

Quand ils arrivent sur un rocher surplombant le panorama, Raoul s'arrête soudainement.

"Que faites-vous, Messire ?" demande Magui avec étonnement.
"Je regarde et j'admire", dit Raoul.
Magui, cependant, n'a aucun regard pour la beauté qui les entoure. "Ce n'est pas le moment d'admirer. Je vous en prie : continuons ! "
Résolument, la vieille femme s'engage dans une sorte de défilé dans la montagne qui a été creusé par l'eau au cours de milliers d'années. Après un voyage difficile, Magui et Raoul arrivent sur les rives du lac de Bonlieu. Un petit torrent prend naissance dans le lac. De nos jours, ce torrent s'appelle encore le Hérisson.

(*) Le trou des Gangônes : Xavier de Montépin explique qu'en patois franc-comtois, les cloches s'appellent des gangônes et sans doute ce nom cherche à imiter le bruit qu'elles font. Quand on applique son oreille contre le rocher, on entendrait distinctement le son des cloches (Chapitre II : Le fantôme) - De nos jours, il existe un gouffre qui porte le nom de "Trou des Gangônes" mais il est situé non pas sur les bords du Hérisson mais sur la commune de La Frasnée près de Clairvaux-les-Lacs. C'est une sorte de cheminée naturelle qui sert de trop-plein à  la source du Drouvenant. La grotte connue de nos jours sous le nom de grotte Lacuzon au bord du Hérisson, s'appelait autrefois le Grand cellier (ce qui signifie la grande cave). C'est un vaste porche (15 x 8 m) long de 35 m, prolongé par un boyau inondé, déjà exploré par le spéléos sur 15 m. Cette cavité avait servi de dépôt de marchandises aux moines Chartreux de Bonlieu, en 1639. (source Jean-Claude Frachon (). C'est cette grotte que Xavier de Montépin surnomme le trou des Gangônes.

 

 

 

 


 

Le fantôme du château

 

103. Le terrain devient une plaine. Il y a moins d'arbres et plus de prairies. Raoul et Magui vont marcher un peu plus lentement. Ils regardent le château de l'Aigle, le château d'Antide de Montaigu qui se dresse sur un pic et qui est visible de très loin. Raoul regarde longuement le château. C'est un regard plein de haine et de colère. "Toute la misère vient de là", murmura Raoul intérieurement.
Puis le jeune homme devient soudainement mortellement pâle. Dans ses yeux, on peut lire la peur, la surprise et la consternation. "Que vous est-il arrivé, Messire ?" Demande Magui voyant le soudain changement d'expression de Raoul.
"Un spectre !" Répond Raoul. "Un fantôme enveloppé de blanches vapeurs traversées par les rayons du soleil".

"C'est une illusion, Messire !"
"Non, non, c'est une réalité. Je l'ai bien vu, j'en suis sûr !"

"Alors, c'est quelque drapeau dont les plis flottaient au vent".
"Non, c'est une forme humaine. Mes yeux ne peuvent pas me tromper. J'ai vu le visage d'une femme. Le visage d'une femme morte. . ..! "
"Tout est possible", dit Magui. "Même l'impossible, parce que le château de l'Aigle est un château maudit et que son maître est un démon !". Puis Magui se remet en route et continue le voyage.
Raoul suit. Il est calme et absorbé dans ses pensées.
"Nous approchons déjà", dit Magui un moment plus tard. "La seule chose c'est que nous devons être au trou des Gangônes le plus tôt possible. On est sur le bon chemin."
Puis elle pénètre par une faille s'ouvrant dans le rocher.

 

 

 

 


 

Le long des rochers

 

104. À peine Magui était-elle entrée dans la faille du rocher qu'une voix venant d'en haut, s'exclama impérieusement: "Qui va là ?"  Raoul lève les yeux. Il voit un montagnard, le pistolet à la main.
"Répondez !" Dit Magui en hâte, à Raoul. "Dites le mot de passe !" "Saint-Claude et Lacuzon !" Répondit Raoul.

"Où allez vous ? "

"Je veux rejoindre le capitaine qui m'attend."
"Et cette femme ?"
"Elle m'accompagne."
"Allez-y, passez !". dit l'homme. Il approche une corne de bœuf de ses lèvres et souffle. Un son aigu et retentissant en sort, emporté par le vent.

C'était la première fois que Raoul voyait un montagnard revêtu de   l'uniforme des corps francs.
"Ah !", murmura Magui, "Lacuzon est bien gardé. Il faudrait avoir les ailes d'un aigle pour le surprendre !"
Le chemin qu'a choisi Magui, devient de plus en plus périlleux. Ils progressent sur des sentiers étroits, se faufilent sur des rochers et arrivent enfin à un passage si étroit qu'une seule personne à la fois, peut marcher le long de cette falaise. Depuis cette étroite et glissante corniche, ils aperçoivent en dessous d'eux, le précipice vertigineux, plein de brumes et de vapeur.
"Faites attention à vous, Messire !", prévient Magui. "Regardez devant vous.
Ne regardez ni en arrière ni en bas".

 

 

 


 

À propos du Hérisson

 

105. Raoul et Magui continuent leur voyage jusqu'à au trou des Gangônes. La route qui a d'abord traversé des gorges très périlleuses, continue le long d'un torrent sauvage. L'eau ne murmure plus, elle rugit. Enfin les deux voyageurs arrivent à l'endroit où ils doivent traverser la rivière. Ils sont fatigués et ont faim et soif à cause du long voyage.
Un tronc de sapin ébranché relie les deux rives de la rivière. De l'autre côté, deux montagnards attendent Raoul et Magui. Les hommes ont leurs mousquets prêts à tirer et ils sont prêts faire basculer le tronc d'arbre dans la rivière au moindre mouvement suspect.

"Qui va là ?" "Saint-Claude et Lacuzon !", répond Raoul.
"Passez " dit le montagnard.
Et comme la sentinelle précédente, l'homme fait retentir sa trompe à deux reprises.

Raoul et Magui traversent le pont improvisé et Raoul sent le tronc d'arbre vaciller à chacun de ses pas. Pendant un moment, il ressent de la frayeur en voyant l'eau qui bouillonne au-dessous de lui. Il voit, cependant, que Magui passe avec confiance, tout droit et sans hésiter sur le pont et qu'elle a confiance en elle: elle connaît bien ces régions montagneuses et sauvages.

 

 

 

 

 


 

À la grotte de Lacuzon

 

106. Quand ils ont traversé la rivière et salué les deux montagnards qui veillent sur le pont, Magui et Raoul continuent. Le paysage devient de plus en plus sauvage. Des rochers massifs se dressent des deux côtés du sentier, de gigantesques arbres séculaires dominent les deux voyageurs. Raoul se sent oppressé. Il a l'impression que quelque chose pourrait arriver à tout moment qui empêcherait sa rencontre avec Lacuzon, pourtant si proche. Ce n'est que lorsque Raoul et Magui entrent dans une petite forêt qu'il commence à se sentir libre. Il respire profondément l'air. A peine sont-ils entrés dans la forêt, que trois hommes viennent à eux.
Raoul reconnaît Garbas parmi eux. "Ah Messire", dit-il.

"Comme vous avez tardé et avec quelle impatience, Lacuzon vous attend !"
- "Voulez-vous prévenir le capitaine de mon arrivée ?" Demande Raoul.
"Le prévenir !" S'exclame Garbas !" "Il y a près d'une heure que nous avons reçu la nouvelle de votre arrivée sur les bords de la rivière. Le capitaine vous attend !"
Au bout de la forêt, la route commence à monter fortement. A la sortie du bois, il n'y a plus d'arbres et il y a une large ouverture au flanc d'un talus incliné dominé par une muraille de rochers gris, à pic. C'est l'entrée du trou des Gangônes. Magui et Raoul marchent derrière les trois hommes.
"Finalement nous touchons au bout de notre voyage", dit Magui.
"Il était temps!", répond Raoul, "je suis à bout de forces !"

 

 

 

 


 

Où est Eglantine?

 

107 Le mot caverne est en réalité beaucoup trop modeste pour décrire la grande grotte que Raoul et Magui atteignent finalement. Mais les habitants de la montagne sont fiers de leur caverne. Autour d'un feu de bois au-dessus duquel une marmite est suspendue, les fidèles montagnards s'assoient pour commenter les événements de la journée. Certains sont simplement assis par terre, d'autres sur une souche d'arbre.
"Je ne vois nulle part le capitaine", dit Raoul.
"Ici, c'est la caverne des soldats", répond Garbas. "Je vais vous conduire au logis du capitaine. Cependant, j'ai l'ordre que vous me suiviez seul. Cette femme doit vous attendre ici !"
Raoul s'énerve un peu mais Magui lui demande d'y aller seul. Précédé par son guide, Raoul s'enfonce plus profondément dans la grotte.

Ils arrivent à un escalier creusé dans le roc.

Cet escalier semble conduire à une seconde caverne qui, en quelque sorte, forme un deuxième étage au-dessus de la première salle de la grotte.
Lacuzon, Varroz et Marquis étaient assis autour d'une table en bois rugueux. Silencieusement, les trois hommes serrent la main de Raoul.
Lacuzon commence à parler d'
Églantine : "Où est-elle ? Où l'avez-vous

 laissée ?" demande-t-il à Raoul.
"J'espère que vous ne me blâmez pas," répond Raoul. "C'est seulement en m'attaquant lâchement par derrière qu'ils ont pu l'emmener loin de moi. Mais je connais un moyen de savoir où elle se trouve."
"Ce moyen, pourquoi ne l'avez-vous pas déjà employé ?" Demande vivement le curé Marquis.
"Parce que la femme qui détient ce secret ne veut en parler qu'en présence du capitaine Lacuzon."

 

 

 

 


 

Est-ce que Magui est digne de confiance?

 

108. Qui est cette personne qui sait où Églantine est cachée? », Demande le curé.
"Vous la connaissez sous le nom de Magui la sorcière", répond Raoul.
"Magui la sorcière !" Répète le curé Marquis. "Une mendiante, une vagabonde et peut-être pire encore !... Et vous avez confiance

en elle ?"
"Une confiance totale", répond calmement Raoul.
"Et comment a-t-elle gagné cette confiance ?"  Raoul explique maintenant brièvement comment il a rencontré Magui et comment elle l'a aidé.
"Il a raison," dit Lacuzon, après avoir écouté attentivement. "Et je crois que moi aussi, j'ai confiance en cette femme." Le capitaine appelle Garbas et lui donne l'ordre d'amener Magui.

Il semble que cette mesure n'est pas très appréciée du curé. Tandis que Garbas reparaît avec Magui, Lacuzon explique à Raoul qu'il avait  laissé sur place un montagnard, à l'endroit du rendez-vous avec Églantine et Raoul; cependant, celui-ci ayant choisi une route différente, le soldat doit encore les attendre là-bas.
Puis Garbas entre avec Magui.
"Femme !", lui dit le curé Marquis, "Bienvenue et n'ayez pas peur. Vous avez une mauvaise réputation et votre surnom en dit assez long sur vous. Mais il faut bien avoir du cœur, malgré tout ce que l'on dit de vous ... Mais, quoi que vous soyez, nous vous remercions des bons services que vous avez rendus à Messire Raoul, notre ami."
"Je n'ai fait que mon devoir," balbutia Magui. "Cet homme a risqué sa propre vie pour sauver la mienne.
Je voulais le remercier beaucoup pour cela.

 

 

 

 


 

Le château de  l'Aigle

 

109. Lacuzon donne la parole au curé Marquis pour questionner  Magui.
"Vous avez dit à Messire Raoul que vous saviez où Églantine est retenue prisonnière. Et vous lui avez dit aussi que vous connaissiez  le nom et la demeure du Masque noir ? "
'En effet. Et ce que j'ai dit est vrai ! "
"Bien ! Voilà le capitaine Lacuzon, voilà le colonel Varroz et vous savez sans doute que je suis le curé Marquis. Pouvez-vous parler devant nous trois ?"
"Oui, je le peux et je le veux. Vous devez me promettre, cependant, de croire tout ce que je dirai maintenant. "
"Oui, si vous jurez sur le salut de votre âme de ne dire que la vérité."

"Je vous le jure sur le salut de mon âme !’’ Et elle rajoute :

"Et vous vous engagerez aussi à punir le traître comme il se doit ! "

"Quel qu'il soit, nous le punirons !", s'exclament simultanément Lacuzon, Raoul, Varroz et le curé Marquis.
"Très bien !", reprend Magui, en baissant la voix. "C'est au château de l'Aigle qu'il faut aller chercher Églantine."
"Quoi ?" Demandent les trois chefs avec étonnement.
"Vous avez bien entendu !" Dit Magui. "Au château, vous trouverez également le Gris Francatripa qui a emporté Églantine pour la vendre en otage au seigneur Antide de Montaigu !"
Les derniers mots ont été prononcés lentement et pleins de haine.

 

 

 

 


 

Lacuzon poursuit ses recherches

 

110. Si toute la caverne s'était brusquement effondrée au-dessus de leurs têtes, la stupeur et la confusion que les paroles de Magui avaient provoquées n'eussent pas été plus grandes. Les trois chefs se regardent sans voix. Seul Raoul ne montre aucune surprise.

"Mais Antide de Montaigu est l'un de nos plus fidèles alliés !", s'exclame Lacuzon. Magui regarde fermement Lacuzon :

"Un allié loyal, lui, l'homme au masque noir !" S'exclame-t-elle. "Ce que j'ai dit est vrai !"
"Et je dis que cette femme a raison !", Dit Varroz.
"Je ne pense pas que le pressentiment de Raoul l'ait trompé !"
"Prenez garde, colonel !", dit le prêtre. "Un mauvais ressentiment  peut causer beaucoup de dégâts. Et vous êtes partial, parce que vous haïssiez Antide de Montaigu. " "Oui ", dit Varroz. "Et je le hais encore et cela dure depuis vingt ans."

"Hé bien oui, Mordieu ! Chaque fois que je me trouve en sa présence,  une voix intérieure me dit : Voilà le ravisseur de Blanche, l'assassin de Tristan de Champ d'Hivers ! J'ai essayé de lutter contre cette idée mais je me suis toujours senti convaincu. Je me suis souvent dit comme vous : peut être c'est un allié fidèle, mais ... aujourd'hui je ne veux plus douter ! Je vois la vérité. Antide de Montaigu est un ravisseur, un incendiaire, un assassin et un traître. Il a non seulement tué Tristan le Champ d'Hivers, mais aussi Pierre Prost ! Mais enfin quand, cette série de crimes prendra-t-elle

fin ?" Puis il retrouve son sang-froid. Il se tourne vers Lacuzon et dit:
"Es-tu convaincu, Jean-Claude ?"
"Pas encore tout à fait. Je veux tenter une suprême épreuve. " " Quel genre d'épreuve ? "Dit Varroz.
"Je vais aller au château de l'Aigle ... seul et sans autre arme que mon épée."
"Et que feras-tu là-bas ?"

 

 

 

 


 

Comment entrer dans le château L'Aigle?

 

111. La proposition de Lacuzon n'est pas accueillie avec beaucoup d'enthousiasme par ses amis. "Je parlerai à Antide de Montaigu et lui dirai, les yeux dans les yeux, quels sont les soupçons que nous avons contre lui. Je saurai lire la vérité dans ses yeux et dans le ton de sa voix ", dit le capitaine.
Magui eut un éclat de rire sinistre: "C'est la chose la plus stupide que vous puissiez faire !", dit-elle. "Dans ce cas, vous pouvez dire adieu à vos amis au lieu d'un au revoir."
Alors Marquis rompit le silence : "Je ne comprends pas", dit-il. "Vous saviez que nous étions trahis et vendus depuis longtemps. Pourquoi ne pas nous avoir prévenus plus tôt ? " "Et pourquoi aurais-je du faire ça ? "Demande Magui tristement. "J'ai été méprisée par tout le monde et personne n'a jamais voulu me parler." "Vous, vous ne le faites pas, les Gris ne le font pas et les Suédois ne le font pas !"

"Comment aurais-je pu vous prévenir ? Un de vos montagnards m'aurait  probablement tiré une balle dans la poitrine parce que je ne connaissais pas le mot de passe ! Il a fallu vraiment des circonstances imprévues pour que je me retrouve ici avec vous !" Puis Magui se tut.
"Étrange femme !", pensa le curé Marquis.
"Elle a raison !," murmura Varroz. "Quelqu'un qui parle de cette manière ne peut pas mentir !", s'exclame Lacuzon.
"Que décides tu, Jean-Claude?"
"Il faut sauver Églantine et l'arracher des griffes du Masque noir sans perdre un instant !"
"Appelez aux armes, tous les montagnards !", suggère Varroz, "et marchons avec eux sur le château de l'Aigle".
"Un mauvais moyen !", répondit Lacuzon.

 

 

 

 


 

La ruse

 

112. Lacuzon comprend immédiatement qu'une action violente contre le château de l'Aigle ne serait pas un bon moyen de libérer Églantine.
"S'il découvre que nous l'avons percé à jour, il utilisera Églantine comme otage !", explique-t-il. "Nous devrons essayer d'entrer dans le château par la ruse. Je veux aller au château et seul !" – "Mais comment voulez-vous entrer dans un château aussi bien

 gardé ? "interrompit le curé Marquis.
"Je trouverai un moyen !", dit Lacuzon.
"Je vais vous donner un moyen !", s'exclame soudainement Magui.
"Vous ?" demande le curé Marquis avec étonnement.
"Oui. Aujourd'hui tous les paysans vont venir payer leurs redevances  au seigneur de l'Aigle. Pourquoi le capitaine ne se cacherait-il pas  dans un chariot, vêtu en paysan ? Je connais un homme qui pourrait certainement vous aider pour cela; c'est le père de Garbas à

Menétrux-en-Joux, lui aussi doit aller payer ses redevances aujourd'hui. "
"C'est vrai", dit Lacuzon. Il se tourne vers Garbas et lui présente le plan. "À quelle heure ton père doit-t-il se rendre au château ?" Demande-t-il.
Il m'a dit qu'il quitterait la ferme à trois heures."
"Qu'est-ce qu'il apporte avec lui ?"
«Du foin, du blé, de l'orge, du seigle et en plus : 75 écus.
"Maintenant, cours au-devant de lui et dis-lui qu'il doit simuler un accident sur son chariot. Tu m'attendras près du Saut Girard. "
"Oui capitaine !", répond Garbas en partant.
"Tu vas te déguiser ?", Demande Varroz. "Non, un déguisement me gênerait et d'ailleurs, il me serait inutile."
"Sois prudent !"
Lacuzon boucle son baudrier avec son épée et met à la ceinture, son poignard et ses pistolets.

 

 

 

 


 

Un passage secret

 

113. Au moment où Lacuzon va quitter ses amis, Magui l'arrête. "Capitaine, vous avez oublié quelque chose !"
"Quoi alors ?"
"Un moyen de cacher Ėglantine rapidement au cas où l'affaire prendrait une mauvaise tournure."
Lacuzon est silencieux et écoute la vieille femme qui explique   qu'il existe un passage secret entre les bâtiments du château et la pointe du rocher sur laquelle se dresse la grande tour : la tour de l'Aiguille. C'est une sorte de fissure dans la montagne qui n'a jamais été comblée. Une sorte de voûte a été construite dessus, créant un tunnel qui s'ouvre sur le parvis près de la porte d'entrée. Au milieu de cette voûte, il y a un soupirail  pour l'écoulement des eaux de pluie. Une grille qui n'est pas scellée  recouvre le soupirail. Il suffit de soulever cette grille pour entrer dans le conduit qui s'ouvre au pied des murs du château.

 

"Merci !", dit simplement Lacuzon.
"Mais comment pouvez-vous connaître cela ?"
"Je sais cela comme je sais tant d'autres choses. Peut-être je vous le révèlerai un jour mais ce jour là n'est pas venu." "Gardez vos secrets, je vous remercie du fond du coeur ! " dit Lacuzon.
Puis il se tourne, serre longuement la main de ses trois amis et il se retire rapidement.
"Femme !" dit alors le curé Marquis à la vieille Magui, qui écoute attentivement le bruit des derniers pas de Lacuzon résonnant sous les voûtes : "Je sais que tout ce que vous avez dit est vrai. Mais Lacuzon est parti maintenant et c'est parce qu'il a eu foi en vos paroles qu'il se prépare à affronter les périls et les pièges. C'est pourquoi je vous demande de rester ici jusqu'à ce que Lacuzon soit de retour. C'est la loi de la guerre."
"En d'autres termes, je suis prisonnière ?"
"Oui et non, mais nous ne pouvons pas nous permettre de vous laisser sortir d'ici." Et le curé Marquis confie la vielle femme aux soins de l'un des soldats.

 

 

 

 


 

 

 

114 Dans le château de L'Aigle

 

114. Il est trois heures de l'après-midi. Les paysans de la région viennent payer leurs impôts au seigneur Antide de Montaigu. Certains portent les sacs de blé sur leur dos, mais les plus riches  viennent avec des charrettes qui ont de grandes difficultés à grimper  les rudes chemins pentus de la montagne. C'est une longue file de chariots. Au château se tiennent des soldats qui veillent à l'ordre dans les entrées et sorties. Un majordome inspecte soigneusement tout ce qui est apporté. Un groupe de paysans qui attendent d'être contrôlés, entame une conversation étrange.
"J'ai regardé la tour de L'Aiguille, mais je n'ai rien vu", explique l'un des paysans, le père Berniquet.
"Rendez-en grâce au  Bon Dieu !" lui répond une femme surnommée  La Gothon.
"Grâce de quoi ?", Demande le Père Berniquet.
"Parce que le fantôme du château aurait pu vous rendre aveugle sur le coup !"
"Le fantôme ?"

"Comment ? Vous ne savez pas ? Oui, il y a un fantôme qui se promène sur les remparts de la tour et quand on voit le fantôme, on devient aveugle’’.

Alors que les paysans continuent la conversation sur l'apparence mystérieuse qui perturbe toute l'ambiance du pays, le majordome continue l'inspection. Les paysans déchargent les voitures pendant que le seigneur les regarde avec des visages sinistres.
"On dirait que vous n'aimez pas payer cette taxe ?", dit brutalement le majordome à l'un des paysans.
"En effet !" répond le paysan. "Les gens doivent travailler dur de nos jours pour pouvoir joindre les deux bouts et si en plus, une grande partie du produit doit être payée en redevances ! ..."
Le majordome fit semblant de ne pas avoir entendu les derniers mots et dit: "Ce sont des choses dont Monseigneur ne s'occupe pas. Qu'il perçoive  seulement ce qui lui est dû, dans les  temps !
"

 

 


 

Antide de Montaigu

 

115. Le paiement se fait rarement sans incident. Pas même aujourd'hui. Certains paysans ne peuvent pas payer les impôts requis et le majordome reste insensible aux plaintes des hommes et aux larmes des femmes. Il ne lâche pas un sou ! Certains paysans qui savent que la supplication ne sert à rien, expriment de terribles menaces à Antide de Montaigu, mais tout cela en vain. Au bas d'un escalier, Antide surveille ses subordonnés. Les gens le saluent. Ils le respectent, malgré tout, parce qu'il est l'un des combattants de la cause franc-comtoise, mais ils le détestent pour les redevances trop lourdes qu'il ose demander. Ils savent que ce qu'ils apportent est en partie pour les soldats de Lacuzon, pourtant, c'était toujours avec indignation que les paysans entendaient associer le nom d'Antide de Montaigu et de Lacuzon, Varroz ou Marquis, qu'ils vénèrent et honorent profondément. Quand presque tous les paysans sont passés, Antide de Montaigu se tourne vers le majordome.

 

"Comment ça s'est passé ?" Demande-t-il.
"Tout le monde est venu…sauf Rémy Garbas  de Menétrux."
"Le père du trompette de Lacuzon ?"
"En effet, Monseigneur. Il lui est arrivé un accident en cours de route."
"Tant pis pour lui !", dit laconiquement Antide de Montaigu. "Il aurait dû prendre ses précautions !"
"Que dois-je faire maintenant ?", Demande le majordome.
"Faites rentrer les hommes en poste et faites fermer les portes. Garbas reviendra demain ! Le majordome allait exécuter ces ordres, et au moment où les portes allaient être refermées, il entend une voix qui chante à tue-tête une chanson qui n'est chantée que par les partisans de Lacuzon.
"Messire majordome, crie de loin un valet, "Voici Garbas de Menétrux !"  Antide de Montaigu commanda :
"Laissez-le avancer. Il peut décharger ses redevances en ma présence !
"

 

 

 

 

 

 

 

Le chariot sera-t-il déchargée ?

 

116. Le valet exécute promptement les ordres de son maître, ouvre les portes et fait conduire le chariot dans la cour d'honneur. Mais s'écria Antide de Montaigu :" Ce n'est pas le vieux Garbas, le fermier qui est assis là ! C'est Garbas, le trompette de Lacuzon…!"

"En effet, Monseigneur", répond le paysan. C'est le fils au lieu du père, qui vous apporte les redevances à sa place".
- "Pourquoi ton père ne vient-il pas ?" Demande le seigneur du château de l'Aigle. "C'est bien simple, Monseigneur. Mon père s'est trouvé mal en chemin et pour pouvoir payer la taxe à temps, j'ai pris sa place sur le chariot pendant qu'il était ramené à la maison."
"Alors le capitaine n'a donc pas besoin de toi aujourd'hui ?".
"Il semble que non, Monseigneur, parce qu'il m'a laissé quartier libre jusqu'à demain".

"Est-ce qu'il est au trou des Gangônes en ce moment ?"

"Non, Monseigneur, il est parti ce matin !"
"Seul ?"
«Avec le colonel Varroz, le curé Marquis et soixante montagnards".
"Probablement pour une expédition ?"
"Je le crois, Monseigneur."
"Dans quelle direction sont-ils allés?" "Le capitaine ne me l'a pas dit."
"Et sais-tu quand il reviendra ?"
"Cette nuit, Monseigneur." "La nuit est déjà tombée."
"Monseigneur, interrompt le majordome.

"Est-ce que vous nous permettez de dérange de faire décharger

 la voiture maintenant ?"
"Pas ce soir !", répondit Antide de Montaigu.

"Il est grand temps de lever le pont-levis et de fermer les portes.

Demain, vous pèserez tout ça !"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Silence dans la cour

 

117. Avant de fermer les portes, le majordome demande à Antide de Montaigu: "Que faut-il faire de la voiture de Garbas ?"
"Qu'on la conduise dans la cour où se trouve la citerne et dételez les bœufs."
- Monseigneur, demande Garbas, pouvez-vous me permettre de passer la nuit ici ? Je peux dormir sur mon chariot, dans le foin. "
"Pour les bœufs, je veux bien mais quant à toi, pas question !  Aucun étranger n'est admis dans le château pendant la nuit. "
"Va coucher chez ton père à Menétrux et dis-lui qu'il pourra reprendre son chariot demain", poursuit Antide de Montaigu.
"Bien, Monseigneur."

"Et quand tu reverras le capitaine Lacuzon, le colonel Varroz et le curé Marquis, dis-leur bien que mes sentiments pour eux n'ont pas changé et ne changeront jamais." "Maintenant tu peux y aller, mon ami !"
Garbas conduit la voiture de foin dans la cour de la citerne. Puis il dételle les bœufs et dit tout haut, comme se parlant à lui-même : "Le plus dur est fait ... Bonne chance !"
Garbas quitte le château en chantant à tue-tête comme à son arrivée. Le temps a passé. Dix heures du soir venaient de sonner au loin, à l'horloge d'une église. Les hommes d'armes qui gardent le château sont tous à leur poste, le pont-levis a été remonté et les lourdes portes ont été fermées. Presque toutes les lumières se sont été éteintes successivement sauf une.
Un grand silence enveloppe le château de l'Aigle.

 

 

 

 


 

La prisonnière du château

 

118. Jetons un coup d'œil à l'intérieur du château de l'Aigle. Nous sommes dans un immense salon qui est situé à côté de la salle des gardes. Antide de Montaigu est assis sur un grand fauteuil; les armoiries  de sa famille orne le haut du dossier. Antide de Montaigu a environ cinquante ans. Il est grand et fort. Son visage est beau mais il inspire à première vue, un sentiment de répulsion et presque d'effroi tant il reflète la cruauté et l'absence de cœur.
Un valet attend ses ordres: "Allez chercher la prisonnière !", dit-il d'un ton sec. A peine le valet est-il parti qu'Antide de Montaigu saute de son fauteuil et se met à aller et venir en tous sens dans la pièce. Il incline sa tête sur la poitrine en proie à une profonde préoccupation.

Les flammes dans le foyer accentuent les lignes anguleuses de son visage qui parait donc plus cruel que jamais. Des pas résonnent dans le couloir. Après quelques minutes, le valet entre avec la prisonnière, qui, comme les lecteurs peuvent le soupçonner, n'est autre qu'Églantine.
La fiancée de Raoul de Champ d'Hivers entre lentement dans le salon et  s'arrête devant Antide de Montaigu. Les traces de ses larmes se voient encore sur ses joues pâles. Ses beaux yeux sont rougis par l'angoisse de sa captivité. Antide de Montaigu regarde fixement Églantine. Il fixe bien son visage et la regarde longuement, puis il dit: "Jeune fille,

écoutez-moi !" 
Églantine relève la tête et écoute.

 

 

 

 


 

Eglantine contre Antide de Montaigu

 

119. Églantine est silencieuse et Antide de Montaigu profite de l'occasion pour regarder la jeune la fille. Involontairement, il tombe sous le charme de sa beauté  si éblouissante : Il ne put s'empêcher d'avoir un instant d'admiration pour elle. "Vous donneriez sans doute cher pour sortir de ce château ?" Demande-t-il.
"Vous vous trompez, Messire !"
"Quoi !"
"Vous ne réalisez pas ce que signifie d'être prisonnière pour moi !"
"Je suis heureuse quand je sais que tant de braves gens se battent pour la liberté de la Comté".
"Mais c'est du fanatisme !"
"Non, Messire, c'est du dévouement, c'est pour l'amour du pays ! "
Après un lourd silence, Antide de Montaigu reprend : "Si vous faisiez un serment, tiendriez-vous la parole donnée ?"
Églantine hausse les épaules. "Que pensez-vous de ceux qui font un serment et qui ne le tiennent pas ?"
Demanda-t-elle, avec mépris.

"Si je vous donne la liberté à condition de ne dire à personne dans quel lieu vous avez été amené et ..."
  "Vous n'avez pas besoin d'en dire plus !"Dit-elle, "c'est inutile ! "
"Qu'entendez-vous par là ? Que vous ne pourrez pas garder

ce secret ?"
"Que je ne veux pas le garder, Messire !"
"Et pourquoi pas ?"
Parce qu'il sera de la plus haute importance pour toute la province de savoir qui est réellement le fidèle allié : Antide de Montaigu. Et dès que vous me rendrez la liberté, je dirais la vérité aux combattants de la

liberté ! "
"Prenez garde, jeune fille !"
"Pourquoi, Messire ?"
"Parce que vous risquez d'attendre longtemps cette liberté que vous  refusez !" -"Peut-être", répond Églantine
avec un sourire. Antide de Montaigu perd  son calme. Furieux, il crie: "Qu'espérez-vous encore ?"
"Un homme qui viendra me délivrer." "Et cet homme… ?" "C'est le capitaine Lacuzon !" répond-t-elle.

 

 

 

 

 

Eglantine doit partir

 

120. Antide de Montaigu retombe sur son fauteuil, il tient sa tête entre ses mains. Des sentiments contradictoires se lisent sur son visage.
"Jeune fille", dit-il. "Je devrais vous faire tuer, parce que vous ne voulez pas garder mon secret mais je n'ai pas le courage de le faire donc vous devrez rester prisonnière ! "
"J'acceptais la prison comme j'aurais accepté la mort."
"Revenons à notre premier projet. vous serez certainement un excellent otage. "
Comme s'il se le disait à lui-même, Antide de Montaigu poursuit: "Bien sûr, vous ne pouvez pas rester ici. Vous devrez partir. "
Églantine devient mortellement pâle quand elle entend ces mots: "Partir !..." répète-t-elle. "En effet !" "Et que voulez faire de moi ? "
"Le comte de Guébriant, mon puissant allié, se chargera sûrement de trouver une prison convenable pour vous."

"Eh bien soit !", dit Églantine, qui ne se soucie guère de savoir si elle sera la prisonnière de Guébriant ou d'Antide de Montaigu.
"Je partirai demain."
"Non, pas demain, jeune fille !"
Un frisson traverse le corps d'Églantine. Ses mains tremblent. "Et Quand donc, alors ?" Balbutie-t-elle.
"Cette nuit. Dans quelques minutes ! "
"Cette nuit ! oh ! non ! ... c'est impossible !", je vous en supplie : attendez jusqu'à demain."
Antide de Montaigu jette à Eglantine un regard surpris. "Pourquoi voulez-vous  passer la nuit ici"? Qu'espérez-vous encore, stupide enfant ?"
"Rien, Messire, rien... Je suis tellement fatiguée !"
"Vous pourrez vous reposer dans le camp suédois. Quelqu'un va vous

transférer "
"Qui donc ?"
"Vous verrez bien !"

 

 

 


 

Le passage secret

 

121. Antide de Montaigu s'approche d'un tableau, un portrait en pied du baron de Vaudrey. Il appuie sur un bouton qui est caché parmi les ornements sculptés du cadre. Un petit craquement sec s'entend derrière le tableau. Églantine attend anxieusement ce qui va se passer.
Le panneau tout entier tourne sur des gonds invisibles et laisse découvrir une ouverture dans le mur. Églantine
comprend que c'est le passage secret qui relie le château au monde extérieur.

De cette façon, les alliés du seigneur de l'Aigle qui sont hélas, également les ennemis des partisans de la Franche-Comté, pouvaient entrer dans le château.
Antide de Montaigu fait un pas en arrière et regarde dans le couloir.
"Capitaine Brunet, dit-il, vous pouvez venir !" Puis une silhouette sort lentement des ténèbres. On entend ses pas résonner dans le couloir. Ensuite, on peut la distinguer qui sort du couloir.

 

 

 

 


 

Comment Magui détient-elle cette clé?

 

122. Au lieu du capitaine Brunet, le terrible compagnon d'armes de Lespinassou, Antide de Montaigu voit avec étonnement une vieille femme sortir de la pénombre. Elle a l'air pauvre et est misérablement vêtue. Églantine poussa un cri. Le seigneur du château de L'Aigle fit un pas en arrière.
"Qui êtes-vous ?"
"Je suis une pauvre femme qu'on appelle Magui la sorcière !"
"Et comment êtes-vous arrivée ici ? Pour surprendre mes secrets ? "
"Vos secrets, Monseigneur je les connais tous depuis bien

longtemps !"
"Depuis le jour de l'incendie du château de Champ d'Hivers, je savais qui était le nom du Masque noir." Antide de Montaigu pâlit. "J'aurais pu vendre ce nom, Monseigneur mais vous savez que je ne l'ai pas fait. "
"Mais", dit Antide, essayant de dominer son émotion, "comment avez-vous pu pénétrer ici ?"

"Qui vous a parlé de l'existence de ce passage secret ?" Qui a ouvert la porte pour vous ? "
"Je pourrais vous répondre : parce que je suis une sorcière. Mais je préfère vous dire la vérité. "
"Parlez ! Parlez vite ! "
"Connaissez-vous cette clé, Monseigneur ?"
"Oui, répond Antide, je la connais très bien, c'est la clé qui ouvre la porte du  passage secret."
"Vous aviez remis vous-même cette clé à celui que vous attendiez ici, cette nuit à dix heures : Brunet, le capitaine des Gris."
"Comment est-il possible que vous ayez cette clé que j'ai donnée hier à Brunet ?" "C'est très simple, monseigneur, mais avez-vous le temps d'écouter mon histoire ?" "Oui, mais n'essayez pas de me tromper par un mensonge ! "
"Je ne dirai pas un mot qui ne soit vrai, Monseigneur !"

 

 

 


 

Magui raconte son histoire

 

123. Comment la vieille Magui a-t-elle pu obtenir la clé qui donnait accès au château et que le seigneur du château de l'Aigle avait remise personnellement au capitaine Brunet ? C'était très simple. Magui parle de sa visite au trou des Gangônes et comment elle a réussi à échapper à ses gardes. Dans la forêt, Magui a été témoin d'une bataille : Quatre montagnards se sont battus en infériorité numérique, contre vingt Gris. Trois montagnards ont été tués. Le quatrième qui a été blessé a été emmené en tant que prisonnier.
À peine les Gris, avaient-ils continué leur chemin qu'ils ont été attaqués à leur tour par cinquante montagnards. Quelques minutes plus tard, les Gris ont dû s'enfuir, laissant plusieurs morts sur le terrain. Magui voulait continuer, mais elle entendit une plainte d'un blessé. C'était le capitaine Brunet qui gravement blessé, avait quelque chose à lui dire. Il lui donna la clé secrète et lui demanda de l'apporter au seigneur du château l'Aigle.

Il lui a également demandé de transmettre un message important.
"Quel genre de message ?", demande Antide de Montaigu.
"Ce sont les mots que le capitaine a prononcés: Le deuxième et le troisième nous ont échappé. Mais le premier est en notre pouvoir. Nous l'amenons au château de Clairvaux."
"Ah !" S'écrie Antide. "Ce sont les mots qu'il a prononcés ? Et vous êtes bien  sûre qu'il a dit cela ?"
"Je suis certaine, Monseigneur." Répond Magui.
"Et ensuite ?"…
"Le capitaine m'a dit que vous l'attendiez à dix heures, et il m'a expliqué comment je pouvais arriver ici. En utilisant le couloir secret menant à ce salon.
"Attendez dans ce couloir jusqu'à ce que Monsieur le comte Antide de Montaigu vous ouvre la porte," dit-il avant de fermer les yeux pour toujours.

 

 

 


 

Une nuit au château pour Églantine

 

124. Quand elle eût fini son histoire, Magui dit: "Maintenant que je suis là, Monseigneur, je suis entièrement à votre disposition. J'attends seulement vos ordres. J'espère gagner votre protection après tout ça."
"Rien ne vous arrivera !", dit Antide de Montaigu, qui fait maintenant entièrement confiance à Magui. Églantine ne comprenait pas ce que Magui voulait dire par ces mots : "Le premier est en notre pouvoir".

Elle ressent que Magui n'est pas hostile envers elle. Brusquement, elle demande maintenant : "Eh bien, me voilà prête à partir ce soir !"
Antide de Montaigu hausse les épaules et se tait. Il ne sait plus trop ce qu'il doit faire.
Magui commence maintenant à parler avec Églantine. "Jeune fille", dit-elle gentiment. "Je ne suis pas une méchante femme. Si je reçois l'ordre  de vous conduire quelque part.

J'obéirai fidèlement à ma mission mais vous n'aurez pas à vous plaindre de moi. Je vous assure que je ne vous ferai aucun mal."

"Vous ne partirez pas ce soir ", dit tout à coup Antide de Montaigu. "Je ne vous confierai pas à cette femme même si j'ai entièrement confiance en elle, vous pourriez lui échapper trop facilement. Donc vous devrez rester au château jusqu'à demain soir. "
"Vous m'aviez demandé une nuit de repos et les circonstances font que je vous l'accorde. Profitez-en bien! " Puis il frappe sur un timbre.
Le domestique qui a conduit Eglantine dans le salon, une heure plus tôt, entre. "Reconduisez cette jeune fille dans sa chambre !", commande-t-il. Et vérifiez si les fenêtres et les portes sont bien fermées pour qu'elle ne puisse pas s'échapper. Vous me répondez d'elle sur votre vie !" et ensuite il dit à Magui: "Restez ! J'aurai besoin de vous !"

 

 

 


 

 

Caché dans la voiture de foin

 

125. Dans la cour intérieure du château, il règne un profond silence. Les valets ont quitté la place les uns après les autres. Quelques heures ont passé depuis que Garbas a quitté le château en chantant, laissant derrière lui la voiture de foin. Depuis, aucun son ne s'est fait entendre.
Cependant, celui qui aurait traversé la cour à ce moment-là aurait vu une chose d'étrange. Le foin sur la voiture s'agite doucement. Il semble que quelqu'un, très discrètement, soit en train de ramper sous le foin, en haut de la voiture. Puis une tête apparaît puis deux épaules et enfin un homme.

Pendant un moment, le foin demeura à nouveau complètement immobile. L'homme regarde autour de lui. Puis il sort tout entier du foin et quelques instants plus tard, il se glisse jusqu'au sol. En effet, c'est bien Lacuzon, celui  qui a conçu ce plan fantastique pour délivrer Églantine de sa prison.  Lacuzon demeure immobile, quelques secondes. Il regarde attentivement vers le château. Dans les ténèbres, quelque chose scintille sur les vêtements sombres du capitaine : c'est l'églantine en diamants du médaillon que Pierre Prost lui a donné et qu'il porte à son cou depuis. Deux pistolets sont glissés dans sa ceinture. Il reste immobile pendant quelques minutes, scrutant chaque bruit.

 

 

 

 


 

Comment aller jusqu'à Églantine ?

 

126. Lacuzon connaît bien ces lieux. Il venait souvent ici pour parler avec le "fidèle allié" : Antide de Montaigu qui leur donnait toujours de précieuses instructions. Lentement, il descend de la charrette. Il voit la lumière derrière les deux fenêtres du salon. Il hésite un instant. Mais il pense soudain au garde qui risque de passer là et traverse rapidement la cour. Il soupçonne l'endroit où Églantine pourrait être retenue et c'est pourquoi il se dirige vers une petite porte avec détermination.
Le bois de cette porte est déjà bien vermoulu. Derrière cette porte se trouvent les appartements des femmes. Les yeux de Lacuzon, habitués à l'obscurité, voient immédiatement les points faibles du bois.

Il sort son poignard et le glisse entre deux planches. Il commence à attaquer le bois. Un petit craquement retentit. Tout va bien jusqu'à présent. Mais alors les difficultés surviennent. La lame du couteau de Lacuzon bute sur une surface dure comme si la porte était recouverte de fer à l'intérieur. Il comprend qu'il doit abandonner dès maintenant toute nouvelle tentative pour ouvrir cette   porte.
Lentement, il passe devant le mur du bâtiment, observe la façade, cherchant désespérément  si une escalade est possible : une solution à cette question. Comment arriver jusqu'à Églantine ? Le capitaine est désespéré à cause de cet échec. Se serait-il donné tout ce mal pour

rien ? Il reste immobile et lève les yeux, mais en vain.

 

 

 

 


 

La serrure grince

 

127. Cependant, Lacuzon n'abandonne pas encore. Il poursuit son exploration des lieux et murmure: "Serait-ce pour rien que je connais  le nom du traître  qui nuit tant à mon pays? Vais-je jamais pouvoir le prouver ? Et Églantine, la reverrais-je jamais? Je voudrais la délivrer même au prix de ma vie !"
Puis son pied heurte la première marche d'un escalier. Lacuzon reste immobile et voit que l'escalier conduit à une sorte de terrasse devant le bâtiment des femmes. Il crie presque de joie. Soudain, il se souvient qu'il avait déjà vu cet escalier.

"Ah ! Je suis donc fou que j'aie oublié ça ! "S'écrie-t-il.
Lacuzon monte rapidement les escaliers. Au bout de ces marches, il trouvera Églantine.
Au bout de l'escalier, au niveau de la terrasse, une grille lui barre  le passage. La porte est fermée, mais la clé est toujours dans la serrure. Lacuzon n'a qu'à passer son bras entre les barreaux pour tourner la clé. La serrure toute rouillée grince affreusement mais finalement elle s'ouvre. Lacuzon s'interrompt un instant pour écouter au cas ou d'autres auraient entendu ce bruit inattendu dans le silence de la nuit.

 


 

Une porte entrouverte

 

128. Lacuzon écoute attentivement, personne ne vient. Il pousse la porte ouverte. Les gonds rouillés grincent avec un bruit horrible. Encore une fois Lacuzon écoute attentivement, mais une fois de plus, il n'y a pas âme qui vive, rien ne bouge. Puis Lacuzon s'engage sur la terrasse avec une lenteur prudente. Il se tient maintenant entre le logis seigneurial et le bâtiment des femmes.
Une des fenêtres du premier étage est ouverte, malgré le froid qui règne. Une faible lumière y brille…

" C'est là qu'Églantine attend son libérateur", pense Lacuzon. Rempli d'espérance, il marche vers la porte principale.

Il pousse la porte et à sa grande surprise, constate qu'elle est ouverte. Un escalier se trouve en face. Une faible lumière brille tout en haut. La porte de la chambre du premier étage, que Lacuzon a vue de l'extérieur, est entrouverte.
"C'est étrange", pense Lacuzon. – C'est de cette façon que les prisonniers sont gardés au château l'Aigle ?"
Ou bien, Lacuzon serait-il arrivé trop tard et Eglantine aurait-elle été transférée ailleurs ?

 

 

 

 


 

La chambre d'Eglantine

 

129. L'idée que Magui ait pu le trahir ne vient pas un seul instant à l'esprit de Lacuzon. Il est possible qu'Églantine se trouve dans une autre pièce. Lacuzon décide de pencher pour cette hypothèse.
Il monte les escaliers et pousse la porte ouverte. Il pénètre dans une pièce vide éclairée par une bougie sur une grande table en bois. Le mobilier de cette pièce avait été autrefois très beau, mais il est maintenant dans un état misérable.
Les tentures sur le mur, la tapisserie des fauteuils, les tapis, le rembourrage des chaises : tout est usé et rongé jusqu'à la corde. Le bois du grand lit à baldaquin est tout vermoulu. La lumière de la bougie éclaire une Bible ouverte sur la table : une soudaine révélation pour Lacuzon.

Au château de l'Aigle, seule Églantine pouvait avoir une Bible et la lire. Presque en même temps, il voit le large manteau d'' Églantine sur une chaise. C'est celui qui, humidifié, avait servi à Lacuzon pour la protéger des flammes et la faire sortir de la cave. C'est sans doute la chambre d'Églantine.

Mais où est donc la jeune la fille ?
Lacuzon poursuit ses recherches. Il ouvre une porte et pénètre ensuite dans un long couloir qui occupe toute la longueur du logis des femmes. Il voit, que d'après cette découverte, il est sur la bonne voie. Il veut retourner dans la chambre d'Églantine quand il entend des pas sur la terrasse. Les marches montent les escaliers. Lacuzon a peu de temps pour réfléchir. Rapidement, il se cache derrière le grand lit à colonnes.

 

 

 

 


 

Eglantine est courageuse

 

130. A peine Lacuzon s'est-il caché qu'il entend la porte en bas de l'escalier, se refermer. Il entend la clé être tournée et grincer deux fois dans la serrure rouillée. "Je pense que je suis fait comme un rat !", murmura Lacuzon. Dans l'escalier, il entend le bruit léger du pas d'une femme. Le cœur du capitaine battait violemment dans sa poitrine. Églantine entra dans la pièce. Le capitaine est sur le point de quitter sa cachette.
Mais il se souvient à temps qu'il vaut mieux attendre. Églantine pourrait s'effrayer et crier, mettant ainsi en péril son plan de sauvetage.
Il préfère donc rester parfaitement immobile et muet.

Églantine revient de chez Antide de Montaigu. Elle s'assoit devant la table et prend la Bible entre ses mains.
Elle lit tranquillement. Puis elle se lève et marche vers la fenêtre ouverte.
Elle regarde dehors et pense à Garbas qu'elle a entendu chanter il y a quelques heures: "Vos amis savent où vous êtes, ils vous protègent, ils sont là, tout près de vous. Espérez et ne craignez plus !"…
Ce sont ces mots qui ont fait comprendre à Églantine qu'il valait mieux ne  pas quitter le château ce soir.

 

 

 

 


 

Lacuzon rencontre Eglantine

 

131. Lacuzon attend longtemps puis il pense que le valet qui a conduit Églantine s'était suffisamment éloigné, Il sort de derrière le lit et murmure: " Églantine..."
La jeune fille se retourne brusquement, les yeux agrandis par l'étonnement, elle fixe le coin de la chambre d'où son nom a été prononcé. Puis elle voit Lacuzon. Son coeur déborde de joie.
Églantine se remet rapidement du choc que l'apparition soudaine de Lacuzon a provoqué chez elle de manière involontaire. Elle appuie son doigt contre ses lèvres pour lui commander le silence.

Elle va à la fenêtre et regarde pensivement dehors. Elle voit le valet qui l'avait emmené, entrant dans le bâtiment de l'autre côté de la cour. Puis elle referme soigneusement la fenêtre.
Elle regarde Lacuzon, les yeux brillants. Puis elle se jette dans ses bras en balbutiant : "Te voilà donc enfin, mon frère, mon sauveur !" Lacuzon sent la douceur de ses joues et la caresse de ses cheveux. Pendant un moment, il veut la presser contre elle comme si elle était sa bien-aimée, mais très vite il se souvient : Églantine est la fiancée de Raoul.
Pourtant, il l'aime de tout son cœur.

 

 

 

 


 

Le plan de fuite

 

132. Lacuzon commence à parler d'abord: "Dis-moi ce qui s'est passé depuis que tu as été amenée ici ?", demande-t-il gentiment.
Églantine, cependant, baisse les yeux et dit doucement: "Dis-moi d'abord comment va mon père et ... Raoul ?"
'Ton père est sauvé", dit Lacuzon, qui ne veut pas immédiatement lui dire la terrible vérité. Et Raoul est au trou des Gangônes avec Varroz et  le curé Marquis. "Mais toi ? Dis-moi vite !"
"Mais j'ai bien peu de choses à te raconter ... J'ai perdu connaissance au milieu de l'incendie de la maison. C'est toi qui m'as sauvée, n'est-ce pas ?"
"Oui, mais Raoul voulait se jeter au milieu des flammes et pour l'en empêcher, il a fallu l'arrêter de force", répond Lacuzon à la question non-dite sur l'action de Raoul. Puis, Églantine raconte comment elle a été amenée au château de l'Aigle et comment elle a été présentée devant Antide de Montaigu qui a décidé de faire d'elle sa prisonnière.

"Ainsi, c'est donc bien vrai ! Antide de Montaigu est un traître?"

"Un traître bien lâche et bien misérable qui profite de votre confiance !"
"Mais pourquoi, que veut-il ? Souhaiterait-il que Louis XIII et Richelieu lui achètent la Franche-Comté ?"
Il y a un moment de silence indigné dans la pièce.
Puis Lacuzon dit. "Plus tard, je vais régler mes comptes avec cet homme. Maintenant, il faut fuir ".
"Oui, mais comment ?"
"Ce ne sera pas facile, mais j'ai un plan. Je sais à quel endroit le mur n'est pas très haut. A cet endroit, on arrive sur une sorte de plate-forme et une fois qu'on est sur cette plate-forme, le plus dur est fait."
"Mais comment descendre jusqu'à cette plate-forme ?"
"J'ai déjà tout prévu. Regarde." Le capitaine montre à Églantine, une  corde qu'il avait enroulée autour de sa taille, sous son manteau.

 

 

 

 


 

Le rôle de Magui

 

133. Églantine explique ensuite à Lacuzon pourquoi elle se trouve encore au château. "L'homme qu'attendait Antide de Montaigu a été tué. "C'était un nommé Brunet "
"Brunet ? Le capitaine Brunet, le capitaine des Gris du Bugey ? Et qui a annoncé cette nouvelle ?"
"Une vieille femme qui se dit sorcière et qui a parlé à Brunet juste avant sa mort."
"Une vieille femme qui se dit sorcière! Comment s'appelle-t-elle ? "

" Magui je crois ! " Dit Églantine "Voici qui est étrange ! "
"Pourquoi ?"
"J'ai laissé  Magui au trou des Gangônes quand je suis parti."
"Elle est en ce moment auprès d'Antide de Montaigu".
"Que vient-elle faire ici ?"
J'ai cru d'abord qu'elle était à la solde du seigneur de l'Aigle mais j'ai remarqué qu'il ne la connaissait même pas."

Elle n'a cessé de me regarder comme si elle voulait me rassurer et comme si elle me connaissait déjà. "

"Oui, certes Magui te connaît ! C'est elle qui m'a envoyé ici !"
"Elle ....?" Répète Églantine avec stupeur.
"Oui, elle ! Et je ne peux pas croire qu'elle veuille nous trahir !
Elle nous a déjà rendu de grands services", poursuit Lacuzon. Elle a amené Raoul au trou des Gangônes après lui avoir sauvé la vie.

"Quoi !" Appelle Eglantine.
"Elle a sauvé Raoul, la chère femme ! Tu ne dois plus douter d'elle !"
"Tu as raison," dit Lacuzon. "Je suis sûre qu'elle est venue ici pour m'aider. J'espère qu'un jour, elle me donnera la clé du mystère dont elle s'entoure. "
"Oui," murmure Églantine. "Mais ce n'est pas dans ce château qu'il faut parler de mystères."

 

 

 

 


 

Qui est le fantôme de la tour ?

 

134. "Il y a des choses très mystérieuses ici", dit Églantine.
"Que veux-tu dire ?", demande Lacuzon.
"Des choses étranges se produisent dans ce château. Quand je suis arrivée ici, il m'a semblé entendre des lamentations qui sortaient des entrailles de la terre. Et le soir, une voix plaintive et mélancolique chante une ballade douloureuse dans la tour de l'Aiguille. La nuit, une forme pâle et vêtue de blanc, apparaît sur la plate-forme de la tour."
"Un fantôme ! Tu l'as vu ?"
"Oui, juste après avoir entendu la chanson de Garbas, le "fantôme" s'est promené lentement pendant plus d'une heure sous les grands arbres de la terrasse."
"Ainsi, murmure Lacuzon, ce n'était pas donc pas un conte. Le fantôme  de la tour de l'Aiguille existe donc…"
"C'est une femme, à n'en pas douter. Une femme qui vit et qui souffre et les gémissements qui montent des profondeurs révèlent d'autres souffrances et d'autres crimes !"

Le capitaine est silencieux pendant quelques instants.

Puis il dit : "Ah ! Comte de Montaigu, seigneur de l'Aigle, noble bandit, un jour viendra et ce jour n'est peut-être pas loin où je reviendrai dans ton  château !"
Lacuzon a oublié que quelqu'un l'écoute. Il ne se parle qu'à lui-même: "Un jour, je reviendrai, l'épée d'une main et la torche enflammée de l'autre. Alors il faudra bien que tes cachots souterrains disent tous leurs secrets ! Mais cette heure n'est pas encore venue !"
Mais pour le moment, il n'y a qu'une chose qui compte: fuir de ce château. Je vais te faire descendre par la fenêtre, le long de cette corde ", dit Lacuzon à Églantine. "As-tu déjà visité les autres pièces de ce corps de logis qui bordaient la tienne ?"
"Non, je n'ai pas osé quitter cette pièce !"
"Alors nous allons voir si nous trouvons ce que je cherche." Lacuzon prend la lampe et ouvre la seconde porte, suivie de près par Églantine.

 

 

 

 


 

La porte de la cour

 

135. Après avoir inspecté toutes les pièces qui donnent sur le couloir et n'ayant rien pu découvrir d'anormal, ils arrivent dans la dernière pièce. Il y a une porte ouverte qui donne sur un escalier pratiqué dans la muraille.
"Ce doit être l'escalier qui aboutit dans la cour de la citerne", dit Lacuzon.
Ils descendent l'escalier et arrivent à la porte vermoulue que Lacuzon avait tenté d'ouvrir en vain de l'extérieur.
Lacuzon étudie la serrure. Il n y a pas de clé mais ce n'est pas nécessaire. La porte est fermée avec deux gros verrous.

Lacuzon tire les verrous et la porte s'ouvre sans difficulté.

La porte donne en effet accès à la cour.
Lacuzon passe la tête par l'entrebâillement de la porte. Il écoute pour voir si le grincement des verrous ne les a pas trahis, et vérifie si la cour est bien aussi déserte qu'on pourrait le penser. Cependant, il n'y a rien de suspect au dehors. Tout est silencieux et il y a seulement la lumière qui brille encore derrière la fenêtre de l'appartement d'Antide de Montaigu.
"Viens, mon enfant, dit Lacuzon à Églantine, suis-moi et surtout, ne fais pas de bruit.
Marchons comme si nous étions des ombres !"

 

 

 

 


 

Le coup de cor

 

136. Églantine marche derrière Lacuzon dans la cour. À peine a-t-elle franchi le seuil qu'un violent coup de vent referme la porte derrière eux. Les deux fugitifs ont peur.
"J'aurais du y penser, maladroit que je suis ! balbutia Lacuzon. Il sait que s'il ne veut pas être découvert, il doit prendre des mesures rapidement.
Il prend Églantine par la main et court avec elle jusqu'à l'entrée de la voûte conduisant au chemin de ronde.
"Il est possible qu'il y ait une sentinelle sur la muraille", dit Lacuzon. Dans ce cas, il me faudra me battre."

Rapidement, il donne quelques consignes à Églantine sur ce qu'elle devra faire dans ce cas.

"Si tout se passe bien", conclut-il, "je vais te faire descendre avec la corde et je te rejoindrai."
Lacuzon et Eglantine entendent soudain un coup de cor. Il sonne à la porte principale. Lacuzon a l'air contrarié.
"qu'est-ce que ça veut dire ? "Quel est l'hôte qui pourrait arriver au château de l'Aigle à cette heure ? "murmure-t-il.
"J'ai entendu le même son de cor hier soir", répondit Églantine. "Mais c'était seulement un peu plus tard. Les portes se sont ouvertes et en quelques minutes, la cour était pleine d'hommes d'armes, de valets et de chevaux."
"Nous ne pouvons pas rester ici, nous devrons nous cacher aussi vite que possible !"

 

 

 

 


 

Cachés

 

137. C'est un moment critique. Si Églantine et Lacuzon restent dans la cour pendant quelques secondes, ils seront certainement découverts.
"Où pouvons-nous nous cacher ?" Murmure Lacuzon. "La porte menant aux quartiers des femmes s'est refermée derrière nous".
"Hâtons-nous !" murmura la jeune fille anxieusement.
"Peut-être aurons-nous le temps d'atteindre le rempart rapidement", dit Lacuzon.
"Impossible", dit Églantine de manière décisive. "C'est par le chemin de ronde et par la voûte que les hommes et les chevaux vont arriver."
Soudain, le regard de Lacuzon tombe sur l'ouverture de la grande citerne au milieu de la cour. La citerne à côté de laquelle Garbas a déposé sa charrette de foin ...
"Nous sommes sauvés !" S'écrie Lacuzon.
"Sauvés ! Comment ?" demande Églantine désespérément.

"Il y a très peu d'eau dans cette citerne"
"Et bien ?"

"Eh bien, je vais descendre dans la citerne. L'eau sera froide, mais après tout, il ne s'agit que de prendre un bain un peu froid. Il attrape une échelle dressée contre le mur d'un hangar et continue :
"Quand tout danger aura disparu, tu reviendras vers moi."
Églantine demande anxieusement: "Et moi ? Que dois-je faire ? "
"Tu vas monter cet escalier menant à la terrasse. Il y a des grands arbres et les hommes n'y viendront certainement pas. Tu te caches derrière un arbre et quand les soldats seront partis tu peux revenir."
"Je ne peux pas rester avec toi ?"
"Non. Nous serions découverts ensemble, Antide de Montaigu ne me pardonnerait pas d'avoir découvert son secret. Il me ferait tuer et nous serions perdus tous les deux !"

 

 

 

 


 

138 Dans la citerne

 

138. Églantine se sent rassurée par l'explication de Lacuzon.
En effet, si elle est découverte, le seul risque est qu'elle soit à nouveau enfermée et elle devra attendre une nouvelle libération. Par contre, si de  Montaigu devaient les rencontrer ensemble, il ferait tout pour les empêcher de sortir du château. Des plans si soigneusement élaborés ne doivent pas fuiter. Et le comte de Montaigu ne négligera aucune mesure pour éviter cela !
Lacuzon convient avec Églantine qu'elle récupérera l'échelle quand Lacuzon lui fera signe. Églantine montera ensuite sur la terrasse pour se cacher. Lentement Lacuzon descend. Il touche le mur avec ses mains, cherchant une prise.

Églantine est au-dessus de lui. Elle scrute la citerne; elle ne voit rien à travers les ténèbres.
Alors la main de Lacuzon rencontre une corniche.
Il tâte et remarque que c'est une corniche étroite et glissante qui fait le tour complet de la citerne.
"Enlève l'échelle !" Dit-il après avoir pris pied sur cette corniche.
Cependant, une fois seul, il se sent très inquiet sur les suites possibles de son audacieuse entreprise. La trahison ! Ce mot et son sens fatal s'imposent soudainement à lui. Jusqu'à aujourd'hui ils parlaient de loyauté et de liberté, d'une Franche-Comté libre et maintenant de cette grande trahison qui peut être fatale ... et le premier complice de cette trahison semble être un combattant de la liberté !

 

 

 

 


 

Le prisonnier de la citerne

 

139. La citerne  semble être très grande. Quand les yeux de Lacuzon se sont habitués à l'obscurité, il voit une immense voûte souterraine qui occupe tout l'espace sous la cour. Une large corniche longe tout le mur, comme un petit chemin. Quelques minutes ont déjà passé depuis qu'Églantine a récupéré l'échelle. Puis Lacuzon entend soudainement un bruit qui lui fait glace le sang. Il entend un gémissement sourd, une plainte

haletante.                                                                  
Un sanglot résonne à travers la voûte. Lacuzon pense que c'est le fruit de son imagination. Pourtant, il continue d'écouter attentivement. Cependant, le soupir continue. Puis il entend un doux sanglot. Il n'y a aucun doute maintenant possible. Ici, près de lui, il y a une créature qui souffre…